le blog de marc everbecq maire de Bagnolet
Le 23 janvier, à 7h30 nous entrons dans un centre culturel et sportif de Jabaliya. Le gymnase est plein de gens qui dorment à même le sol à côté des quelques effets personnels qu’ils ont pu récupérer dans les décombres de leurs maisons. Ici 575 personnes sont accueillies. Toutes les salles sont occupées : la bibliothèque, la salle des fêtes, les salles de cours. Les gens ne savent pas où aller. La première nuit, beaucoup de témoins nous disent que les gens dormaient à même le sol devant leur maison détruite, car ils ne savaient pas où aller se réfugier. Nous voyons bien que les ONG manquent terriblement de moyens. Il y a très peu de matelas en mousse par terre. Seulement des couvertures pour se protéger du froid. La nuit il fait très vite entre 0 et 2 degrés. Un froid insupportable quand il n’y a ni électricité, ni chauffage, ni gaz. De nombreuses femmes sont accueillies dans ce centre. Dès notre arrivée, elles veulent nous parler. Raconter leur histoire. Dire leurs soucis. Demander des moyens. « On veut des solutions pour nos maisons, pour l’école des enfants, pour la nourriture, pour tout ce que nous avons perdu. On ne vit pas comme des êtres humains normaux. Portez notre message. » « On veut des maisons pour vivre. » Elles s’appellent Sana, Amal, Soheila. Elles sont entourées d’autres femmes qui acquiescent, et de leurs nombreux enfants, souvent en bas age. Leur message est clair, fort, humain. Nous repartons bouleversés.
Nous passons devant la maison du gynécologue palestinien Ezzedine el-Aish, appelé aussi Aboul Aich. Il est reparti en Israël après l’enterrement de ses filles hier. Nous ne pourrons donc pas le rencontrer.
Nous poussons quelques centaines de mètres plus loin, à l’Est de Jabaliya. Et nous faisons d’autres rencontres. Le quartier est entièrement rasé. Ce quartier est en limite de la frontière. Sur des kilomètres, la totalité des maisons sont par terre. Les personnes que nous trouvons, errent-là, aculées depuis des jours après que les militaires de Tsahal aient perpétré des crimes de guerre. Je mesure à cet instant la portée du titre de une de L’Humanité lorsque son journaliste a écrit « Ici, c’est terrible ».
Au numéro 599 du secteur Hazbet Abd Rabo dans Est-Jabaliya nous rencontrons un vieil homme. Il s’appelle Rachid M’hammed M’hammed. Voila ce qu’il nous a dit. « Les militaires ont jeté des grenades à l’arrière de la maison. Ils sont montés à l’étage. Nous étions là avec les enfants. Ils nous ont fait mettre les mains en l’air. Ils ont séparé les hommes et les femmes. Ils ont plaqué tout le monde au mur. Ils ont pris mes deux fils. Ils les ont mis à part. Ils ont fouillé l’ensemble des pièces. Puis ils sont montés à l’étage supérieur avec mon fils Samir. Nous avons entendu un coup de feu. Ils sont redescendus et ont dit à mon autre fils : on vient de tuer ton frère avec une balle. En fait il était encore en vie. Il fallait lui porter secours en urgence. Mon autre fils, criait pour qu’on porte secours à son frère. Il a demandé l’autorisation de sortir dans la rue. On lui a dit de la fermer. Et puis ils ont accepté. Ils l’ont laissé sortir. Et une fois dehors ils lui ont tiré dessus. Je pense qu’ils voulaient lui tirer une balle dans la tête. Mais le tir n’était pas précis et comme il marchait les mains en l’air ils ont touché sa main. Il avait les doigts tranchés. Ils pendaient de sa main. Ils lui ont dit de revenir à l’intérieur. Une fois dans la maison ils lui ont demandé de se déshabiller nu. Il n’y arrivait pas avec sa main blessée. Ils lui hurlaient dessus. Il devait ensuite se rhabiller puis se déshabiller et se rhabiller à nouveau. Il demandait à ce qu’on le soigne. Ils n’ont rien fait et l’on laissé ainsi pendant trois jours. Ensuite ils sont partis. Mais pendant dix jours ils nous ont empêché de sortir de la maison et d’évacuer le corps mort de Samir qui s’était vidé de son sang. Samir était un employé de l’UNRWA. Son nom est Samir Rachid M’hammed M’hammed. Quand le directeur de l’UNRWA a su que Samir était là il est intervenu à plusieurs reprises pour tenter de le sortir. Quand la jeep de l’UNRWA est venue devant la maison, ils ont tiré dessus. La jeep est venue une deuxième fois. Ils lui ont tiré dessus une nouvelle fois. Le directeur de l’UNRWA a pris contact avec un député de la Knesset. Il s’agit de Jamal Zahalka (leader du parti arabe Balad). Il est intervenu auprès de Ehud Barack lui-même. Et il n’a pas eu d’autre réponse de sa part que « Là où il y a l’armée, c’est elle qui décide. » « Samir avait 43 ans. Il est mort exécuté gratuitement. Son frère qui a perdu la main a 40 ans. Samir avait une famille de huit enfants. » A ce moment-là, le père qui nous parle depuis dix minutes s’effondre en larmes. Au moment de se quitter, il nous dit : « Je sais que vous ne pouvez rien faire, mais témoignez de tous les crimes. »
Notre délégation est sous le choc.
Nous parlons entre nous. Nous prenons la mesure de la gravité des propos que nous venons d’entendre. Nous nous organisons un peu car nous n’avions pas pensé que nous allions être parmi les premiers à découvrir en direct l’existence de crimes de guerre.
Le quartier où nous allons est à quatre cents mètres d’où nous sommes. Il est visible depuis les villes frontières d’Israël. Est-ce de Sdérot ou d’une autre ville, je ne sais pas, que l’on regardait à la jumelle, le soir, en famille ou entre amis, les explosions qui se déroulaient ici ? La presse internationale rapporte avoir vue en Israël des regroupements de personnes installées des heures durant comme s’il s’agissait d’un spectacle. Le spectacle de la haine. L’indécence de la disproportion que plus personne ne remarque, sauf celui qui est écrasé sous la botte. Le bonheur des uns peut-il se construire sur le malheur des autres ? Quel type de valeurs peut-il bien y avoir dans le cœur et dans l’esprit de ceux qui pensent que cela est possible. Seuls des tyrans, des exploiteurs, des colons, des voyous, ou des inconscients peuvent penser ainsi. Les Israéliens avaient-ils conscience de ce qui se déroulait de l’autre côté ? Avaient-ils conscience que leurs soldats ne faisaient peur qu’à des civils dépourvus de tous moyens et martyrisaient des enfants ? Bien évidemment rien n’était fait pour les informer de cela. Au contraire, tout l’appareil de propagande était en place pour chauffer les esprits à blanc et faire de toute voix dissonante la voix d’un extrémiste antisémite en puissance. Insupportable. Est-ce cela la lutte contre le terrorisme ? Est-ce cela le but de guerre d’Israël : martyriser les civils pour dire qu’Israël était largement supérieure du point de vue militaire ? Bernard Henry-Lévy, « embedded », c’est-à-dire témoin embarqué et complice dans un véhicule blindé d’une unité d’élite de Tsahal, déclarait dans le Journal du Dimanche que les militaires ne ciblaient que les « terroristes ». Pourtant, il semble maintenant que rien de cela ne soit vrai. BHL a menti. Peu de combattants palestiniens ont été tués. Il apparaît dès lors que l’un des buts de guerre d’Israël était de redresser la crédibilité de la dissuasion militaire israélienne sérieusement entamée en juillet 2006 lors de son échec au Liban. Pour redresser sa crédibilité, sachant que Tsahal ne pouvait pas gagner une véritable guerre dans Gaza, les militaires ont donc manifestement reçu l’ordre de faire exprès des dégâts et des morts civils pour impressionner et laisser une image de très grande supériorité militaire.
Nous parcourons les quatre cents mètres avec le minibus. Nouvel arrêt. Silence de plomb dans le véhicule. Nous n’osons pas croire ce que nous voyons. Un spectacle de désolation. Tout est rasé. Aux pieds de sa maison totalement effondrée, un homme est assis sur un parpaing. Avec quatre pieux de bois, il a constitué un abri de fortune. Il a fait un petit feu. Une autre personne vient le rejoindre. Au dessus des ruines de sa maison, il est allé dresser un drapeau de la Palestine.
Et puis, au hasard de notre rencontre, nous abordons un homme seul qui tourne autour de l’amas de béton que constitue sa maison détruite. L’homme s’appelle Khaled M’hammed Abd Rabo. Il nous parle. L’indicible est dans son regard. « Le 7 janvier, entre 12 heures et 13 heures trois chars israéliens se sont postés dans notre quartier. Ici nos maisons sont à découvert. Israël est proche. Il n’y a pas de Hamas ici. Nous sommes plutôt des communistes. Nous n’avons pas d’armes. Pas dans ce quartier. Un des trois chars est venu prendre position avec son canon juste en face de la porte d’entrée de la maison. Avec le mégaphone, ils nous ont hurlé de sortir de la maison. Je vivais là avec ma femme, ma mère qui a soixante ans, et mes trois filles. Nous sommes sortis avec un drapeau blanc que nous avons confectionné avec un bout de tissu. En sortant, au bout d’un petit moment, nous avions en face de nous deux soldats qui étaient assis sur le char avec le canon pointé vers nous. Les deux soldats mangeaient des barres de chocolat et des chips. Ils ne nous ont rien dit. On est resté debout devant la maison comme cela pendant un bon moment. Et puis un troisième soldat est sorti du char avec un fusil mitrailleur et s’est mis à tirer sur les enfants. Ma fille de deux ans a été touchée. Elle gisait par terre avec le ventre ouvert. J’ai essayé de remettre ses entrailles à l’intérieur. Mais ils m’ont ordonné d’arrêter. Ensuite ils ont tiré sur ma deuxième fille de sept ans. Ma femme criait au secours. Elle hurlait partout. Et puis ils ont tiré sur elle à trois reprises. Ils ont tué aussi ma mère. Et enfin sur la troisième fille. Qui n’est pas morte. Son corps s’est comme plié en deux et comme si son dos s’était retrouvé devant. Les deux autres soldats continuaient pendant ce temps-là à manger des chips. Au bout de deux heures et demie, une ambulance du Croissant rouge est venue. Le char a tiré sur elle et est allé l’écraser en lui roulant dessus. A ce moment-là, j’ai voulu mourir moi aussi. J’attendais qu’ils me tuent. Je les ai imploré de le faire. Ils m’ont répondu que maintenant je pouvais rester en vie. J’ai pris ma fille blessée et encore en vie dans mes bras. J’ai marché en direction de l’hôpital qui est à deux kilomètres. Un vieil homme sur une carriole tirée par un âne s’est arrêté pour me secourir et m’aider à transporter ma fille. Ils ont tiré sur le type en lui mettant une balle dans la tête. J’ai réussi à aller à l’hôpital. Ma troisième fille a ensuite été emmenée en Belgique. Les médecins ont dit qu’elle sera paralysée à vie. Voilà, moi mes enfants ils les ont abattus. Dites leur que c’est pas le Hamas ici. C’est des communistes. » Khaled nous conduit voir ce qu’il reste de l’ambulance complètement détruite. Des jeunes, venus écouter le témoignage, nous amènent des morceaux de phosphore. Nous ne les avions pas remarqués. En fait le sol est truffé de ces morceaux qui ressemblent à des petites pierres. Ils mettent un de ces morceaux dans une flamme pour nous montrer les qualités incendiaires du phosphore. Un feu très puissant et blanc qui dure plusieurs longues minutes. De quoi mettre le feu partout et tout brûler en un temps record. Des personnes comme Khaled, il y en a plusieurs dans cette zone qui ressemble à l’enfer. Une équipe de M6 se trouve là. Nous lui indiquons la présence de Khaled qui vient de nous apporter son témoignage. Le lendemain, j’ai appris que M6 avait donné la parole à Khaled dans les informations du soir. Les journalistes étaient comme nous, saisis d’effroi. Dans ses situations nous ressentons un sentiment d’immense humiliation. On se sent soi-même touché. Notre part d’Humanité est souillée, violée, piétinée. On atteint ce qu’il y a de pire au fond de chaque être humain. Et puis immédiatement c’est le sentiment de colère et de révolte qui prend le dessus. Dans la délégation, quelqu’un a dit : « cela pourrait bien ressembler à Oradour-sur-Gaza. »
Oui, ce que nous avons vu constitue un crime de guerre. Pas un, mais des crimes de guerre. Combien ? Nous n’en savons rien. Personne ne le sait d’ailleurs, car les faits n’apparaissent qu’au fur et à mesure. Nous pensons que doit être constituée une commission d’enquête internationale pour recenser tous les témoignages, établir les faits, afin de procéder à des condamnations. Les soldats israéliens se sont mal comportés. Très mal. Ils ont agi comme des criminels de basse besogne. Manifestement les faits sont tels qu’il ne peut être question de bavures ou d’actes isolés.
On se dit alors : les buts de guerre d’Israël ne sont pas ceux qui ont été rendus publics. Les enfants de deux ans et de sept ans ne sont ni des terroristes, ni des lanceurs de Kassam, ni des combattants, ni des adultes à qui l’on pourrait reprocher d’être des extrémistes antisémites. Et puis surtout, ils n’ont pas été tués à l’occasion d’un bombardement comportant son inévitable quota de morts civils innocents. Non. Ils ont été tués froidement, gratuitement, calmement, collectivement. Des exécutions sommaires. Ici les criminels et les seuls extrémistes sont bel et bien les militaires de Tsahal. Et toute tentative de renvoyer dos à dos les victimes de ces crimes de guerre avec les victimes elles aussi innocentes des Kassam est vaine. Certes, il n’est pas bon de tenir un bilan comptable des morts des uns et des morts des autres. Toutes les victimes innocentes doivent être respectées. Tel est notre état d’esprit. Mais là, la ligne sensée nous protéger de ce qu’il y a de plus barbare dans la nature humaine a été franchie par Tsahal. Ses responsables et les exécutants sur le terrain doivent être condamnés comme des criminels de guerre. Le Conseil de sécurité de l’ONU aura-t-il le courage et l’audace de dire à Israël que le temps de l’impunité totale est fini. Cette limite là sera-t-elle rappelée aux dirigeants politiques et militaires d’Israël ? Il suffirait pour cela que les Etats-Unis n’apportent pas leur veto. La question est sur nos lèvres : qu’allez vous faire Monsieur Obama de cette demande de commission d’enquête internationale ?
Les heures passent. Vite. Très vite. Et notre temps est compté. A 16 heures nous devons nous trouver à nouveau au terminal de Rafah. Alors nous accélérons le pas. Direction Gaza Ville. Le commissariat central est détruit. Juste à côté le parlement palestinien n’est plus qu’une carcasse vide et noircie par le feu. Nombre de députés palestiniens, élus lors des dernières élections, pourtant réclamées par l’Europe, Israël, et les Etats-Unis, sont actuellement emprisonnés en Israël. L’université Al Azhar a elle aussi été bombardée. Vitres cassées. Incendies. Un ministère a proximité est également dans le même état. L’hôpital Al Qods du Croissant rouge palestinien est détruit ainsi que le service des urgences qui se trouve dans le bâtiment Al-Nour City. Cet immeuble ne s’est pas effondré sur lui-même contrairement aux autres. En revanche tout a été détruit à l’intérieur. Comme si un feu violent avait tout brûlé en quelques secondes. C’est là d’ailleurs que se trouvait la pharmacie avec ses 150 tonnes de médicaments. Probablement la pharmacie centrale de l’ensemble de la bande de Gaza. On nous dit que par manque de moyens médicaux les quelques structures médicales encore en fonction ont du procéder à des amputations en masse. Souvent sans anesthésie. Dans le quartier Talel Halwa autour de l’hôpital on voit des carcasses d’ambulances détruites par des tirs. Le Parc Barcelone a servi de poste de tir à des chars israéliens qui l’ont complètement ravagé. Il ne reste rien du parc si ce n’est une vaste esplanade de terre retournée par les chenilles des tanks. A quelques pas de là une usine de limonade et de Pepsi Cola a été prise pour cible. On y dénombre 27 morts.
Nous arrivons au quartier Zeitoun en bordure de Gaza-Ville, au sud-est de la ville. 110 personnes de la famille Samouni et de deux autres familles ont été massacrées dans des conditions similaires à ce que nous avons vu une heure plus tôt à Jabaliya-Est. Ici tout est rasé. Des milliers de poulets morts jonchent le sol. Il y avait ici une batterie d’élevage de poulets. Il y a des plumes blanches partout. Et une épouvantable odeur de charogne. Nous ne voulons pas déranger les quelques survivants qui se regroupent autour d’un camion de l’association humanitaire LIFE qui leur apporte notamment un peu d’huile et de farine. Nous ne nous attardons pas sur les conditions dans lesquelles ces familles ont été massacrées. Pierre Barbancey nous dit en effet qu’il a écrit à ce sujet un article paru dans L’Humanité-Dimanche du jeudi 22 janvier. Libération évoquera elle aussi ce crime de guerre dans son édition du vendredi 23 janvier. Nous retournons sur Gaza-Ville. Nous passons devant le dépôt alimentaire de l’UNRWA qui a été bombardé et a entièrement brûlé. Sur les murs de toutes les rues dans lesquelles nous passons on peut lire des slogans peints à la bombe. On y trouve aussi des adresses de sites internet : Ashala.com, Snawat.net, Sayiz.com, 2rwa7.com, 7coma.com. Nous longeons le bord de mer. L’ancien QG de Yasser Arafat, lorsque celui-ci est revenu à Gaza après les accords d’Oslo est totalement ravagé par les bombes. Tout comme le port de pèche de Gaza-Ville. Le long de la route qui nous emmène au camp de réfugiés de Deir El-Balah, célèbre pour ses palmiers dattiers qui donnent des dattes succulentes. Les dattiers ont été ravagés. Tout est rasé. Comme ailleurs, la terre agricole est retournée par les passages de chars. En mer nous constatons la présence de petits bateaux israéliens postés à mille mètres de la côte. Ils sont espacés de mille mètres environ les uns des autres. Un véritable blocus naval. Les pécheurs n’osent pas mettre leurs barques à l’eau. Dès qu’ils le font ils essuient des tirs de sommation puis des tirs ciblés. Certains en sont morts. La veille cinq pécheurs ont ainsi été blessés.
Nous arrivons à Deir El-Balah. Il est 12 heures. Aussitôt les gens nous rejoignent. Au bout d’un instant, un vieux monsieur dit à Meriem Derkaoui : « Toi, t’es avec nous, pas parce que tu es française, mais parce que tu es algérienne. Tu vois l’autre, en montrant une autre personne de la délégation, il n’est pas comme toi. » Nous lui expliquons que cela n’a rien à voir. Et que nous sommes là en solidarité avec les Palestiniens. Il ne nous croit pas sur le moment. A ce moment là, Patrick Le Hyaric sort une affiche que L’Humanité a éditée reproduisant la une du journal titrant « C’est la Palestine qu’il faut sauver ». A la vue de cette affiche, le vieil homme était bouleversé. « Alors c’est vrai, en France, il y a des gens avec nous ? ». Oui, nous lui répondons. « Et si Nicolas Sarkozy a été élu, ce n’est pas grâce à nous » lui répond Patrick Le Hyaric. C’est alors que le vieil homme nous dit : « Sarkozy, il n’est pas clair avec nous, il n’est pas bon pour nous. »
A 12h30, nous arrivons au camp de Khan Younes, plus au sud. C’est l’heure de la prière du vendredi. A la mosquée Al Mojamma Al Islami, surmontée d’un immense dôme vert, près de 600 fidèles sont venus écouter le prêche. Celui-ci est énergique. On l’entend à travers les hauts parleurs qui se trouvent à l’extérieur. Voici quelques passages qui nous ont été traduits. « Nous le Hamas, on est les plus forts. On est nombreux. De plus en plus nombreux. On aura la victoire. Ceux qui ont été des spectateurs comme Abbas ne sont que des beaux parleurs. Nous, on a envoyé des Kassam. Nous vaincrons. Nous vengerons ce qu’ils ont fait dans nos maisons, à nos femmes, à nos enfants. Ils utilisent le phosphore contre nous. Cette situation est due à Abbas. C’est à cause de lui. Si on veut libérer Gaza, il faut libérer Ramallah. La foi est notre force et notre persévérance. Et avec l’aide de dieu nous allons vaincre. Nous sommes déjà victorieux de tout ce qui s’est passé ces derniers jours. »
Alors que nous nous trouvons à l’extérieur de la mosquée, à plus d’une centaine de mètres, dans le même temps Jawad El-Tibi, membre du Fatah, ancien ministre de la santé de l’Autorité palestinienne, nous dit : « Ici aussi, à Khan Younes, il y a eu des conflits. Moins qu’ailleurs cependant. Le camp de Khan Younes compte 23000 personnes. La densité de population est aussi forte qu’à Gaza-Ville, celle où l’on compte la plus forte densité au monde. La moindre frappe aurait était mortelle pour beaucoup d’habitants. Nous n’avons pas les moyens de soigner les blessures faites par les bombes au phosphore. Pourquoi ont-ils détruits des maisons vides ? Nous ne connaissons pas toutes les armes qui ont été utilisées. Par exemple, nous n’avons toujours pas compris pourquoi quand une bombe arrivait sur un point ciblé, c’est en fait tout ce qu’il y a autour qui est détruit. Nous ne connaissons pas ces armes. Nous manquons même de mots pour dire ce que nous avons vu. Nous ne savons pas encore l’expliquer. Par ailleurs, nous savons que beaucoup de gens sont encore sous les décombres. Avec la très grande complexité de la situation où les destructions se superposent. Comme s’il y avait eu en même temps un tsunami, un violent tremblement de terre, et une guerre. C’est très difficile de faire face à cela. »
13h30 : retour à Rafah. Dans la campagne nous constatons l’un des aspects de l’intervention terrestre israélienne. Les troupes et les chars ne sont pas entrés par les axes importants de circulation, contrairement à ce qui s’était produit au sud Liban en 2006. Les Israéliens avaient le souvenir d’avoir été attendus par de nombreux pièges le long de ces axes. Cette fois-ci, la pénétration s’est faite à partir des zones rurales. Du coup, tous les champs sont dévastés. A El Foukhari, quartier rural de Khan Younes, le maire nous montre les champs de blé écrasés, tout comme les vignes, les serres, les oliviers. Une station d’épuration d’eau potable a été détruite par des chars. Elle alimentait toute la région. Il en va de même pour une centrale à béton aux silos complètement éventrés. Dans la maison d’à côté, des soldats étaient postés là pour veiller sur cette station détruite. Nous entrons dans la maison. Sur les murs, à côté des fenêtres, il y avait des petits dessins avec des commentaires écrits en hébreu. Ces petits plans indiquaient, à chaque soldat de Tsahal présent, les cibles potentielles et les angles de tir. Sur un meuble renversé par terre, nous trouvons un étui de fibre de verre cassé en deux qui appartenait à un lance-roquette. Les instructions de tir sont encore collées sur le tube. Cette intervention terrestre donne le sentiment que les objectifs militaires étaient faibles. Il s’agissait plutôt d’une véritable punition collective. Et tout ce qui gênait sur le passage a été détruit.
15h30 : nous saluons nos amis devant l’entrée du terminal de Rafah. Nous aurions eu besoin de plusieurs jours supplémentaires pour procéder à des constats plus importants. Mais les contraintes du passage de la frontière s’imposent à nous. Nous savons que la situation est très tendue et que le terminal peut être fermé à n’importe quel instant. Nous profitons donc de son ouverture momentanée pour sortir de la bande de Gaza. Avec la peine de quitter nos amis qui ont besoin de tout, mais avec la responsabilité de porter à la connaissance du plus grand nombre le témoignage de ce que nous avons vu et entendu. Les Palestiniens ont évidemment besoin de tous les gestes de solidarité ainsi que de la compassion humanitaire. L’AJPF annonce déjà qu’une initiative importante sera prise dans ce sens dans les jours qui viennent. Le Secours Populaire Français annonce aussi un « Avion pour Gaza ». Mais malgré la misère qui alourdit terriblement leurs conditions de vie, les Palestiniens ont avant tout besoin d’une solution politique, pour construire eux-mêmes leur propre Etat et leur propre avenir.
Marc Everbecq
Le 25 janvier 2009
Les membres de la délégation de l’AJPF étaient :
Fernand Tuil, co-président de l’AJPF,
Patrick Le Hyaric, directeur du quotidien L’Humanité,
Francis Würtz, député européen, président du groupe de la Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen,
Marc Everbecq, maire de Bagnolet,
M’hammed Henniche, secrétaire général de l’UAM 93,
Meriem Derkaoui, conseillère municipale de Aubervilliers,
Alain Blanchard, conseiller général de Saint-Leu d’Esserent – Montataire, vice-président du conseil général de l’Oise,
Pierre Trovel, photographe reporter de L’Humanité,
Yazid Djebara, secrétaire général de l’AJPF
Hassen Allouache, militant pacifiste, responsable de l’AJPF.
Cher monsieur. Vous ne savais pas, dites vous. Pourtant vous savez tout, et vous fermez les yeux. Quelle est votre raison ? Puisque vous ne savez pas, je vous fais une recommandation. Allez sur place. C'est à deux kilomètres m'avez vous dit. Rien qu'un saut de puce. Et pourtant un pas immense pour l'Humanité. Votre commentaire est ridicule. Vous parlez d'importation du conflit en France. Mais qui donc a parlé de conflit entre les arabes et les juifs. Personne, en dehors de vous. Je passe mon temps à critiquer et condamner l'impérialisme des Etats-Unis. Cela ne m'empêche pas d'aimer le peuple américain et d'y passer mes vacances. Vous voyez : ici personne ne mélange les genres. Je vous invite à prendre les questions pour ce qu'elles sont, et à ne pas mélanger les genres.
Car oui ce week end j'ai été plus que fière des compliments de nombreux franciliens (1000 sur 3 jours ce n'est pas rien) venus à la bourse aux vêtements "urgence gaza" organisée à la salle Pierre et Marie Curie.
Les gens nous féléicitaient d'avoir organisé un tel évènement mais surtout d'avoir la chance d'être administré par un homme humain, engagé et généreux!
je me devez de vous transmettre leurs dires.
Merci de votre courage et votre engagement en mon nom également
Merci à tous les bénèvoles bagnoletais, des lilas, de paris, sevran, Sarcelles, melun, etc....
Merci aux donateurs de toute l'ïle de France et de l'Oise
Merci pour tous les dons de la Mosqué de Drancy.
Merci à Hafida "miss Maroc 2008", merci pour tout à Cut Killer et son frêre Samir au grand coeur. Merci à Tarik de Beur Fm, au Plaisir Ghoya.
Merci Oussama et tes gars
Mobilisons nous ensore et encore, le travail est collossable, la douleur est immense
DSL
Alors je finis
Merci Oussama pour les tee shirts pour la palestine.
Merci aux filles pour les gateaux le thé etc....
La douleur est immense du peuple palestinien, restons engagés, c'est maintenant qu'ils ont besoin de nous.
Merci
Je ne sais pas de quelle erreur vous parlez. Probablement d'une réalité, avérée, qui vous dérange. Mettez vous au clair avec votre conscience. On parlera de mes fautes ensuite.
Tout d’abord, un grand Mercie pour votre Témoignage.
Votre témoignage est clair.
je suis bouleversée, mais je n j’éprouve aucun sentiment de haine envers le peuple israélien,
seuls responsables sont l’armée et les dirigeants des deux états.
Encor un grand merci pour votre détermination et votre témoignage.
mariem.
Je suis parfaitement au clair avec ma conscience et je ne conteste pas que cette guerre à fait un certain nombre de victimes civiles palestiniennes dont d'ailleurs le nombre reste à déterminer. Ce qui me paraît irresponsable de la part d'un élu, c'est de rapporter publiquement des récits (avec un luxe de détails horribles) dont vous n'avez même pas vérifier qu'ils correspondaient à des faits avérés. Quels préjugés vous ont déterminés à écrire sans vérification ces récits d'exécution (si je vous est bien lu, uniquement d'enfants), je vous laisserai en débattre avec votre conscience.
Je n'ai aucun préjugé. C'est vous qui en avez à mon égard. Pourquoi dites vous que je n'ai rien vérifié ? Alors que les propos que je rapporte on été confirmés par la presse elle même. Le Monde. Libération. Le Figaro. M6. Etc. Etc. Charles Enderlin lui-même à Jérusalem annonce qu'une cour martiale va être constituée. Tsahal elle-même interdit à ses officiers de se rendre ne Europe de peur d'être faits prisonniers et traduits devant le TPI. Ce n'est pas moi qui le dit. C'est vous en revanche qui le contestez ou faites semblant de réduire la réalité parce qu'elle vous dérange. Vous savez, je suis communiste et j'ai défendu l'URSS en Afghanistan et ailleurs. Je sais ce que c'est de croire à quelque chose, de se battre pour cela, et d'être au final terriblement déçu. N'hésitez pas à ressentir ce gout dans votre bouche car il ne s'agit de rien d'autre. Ouvrir les yeux et voir la réalité avant que ce ne soit elle qui vous impose sa terrible réalité.
monsieur le maire a quand? un rassemblement entre la commune
arabe et juifs pour parler des palestiniens et pourtant je vais au debat l'orsqu'ils y'a l'association de deffence pour la causes palestieniene ,aussi nous soutenont hamouni prisonnier depluis 4ans sans nouvelle de lui c'est honte que mr sarko invite le père de chaly prisonnier par la rèsistance palestinienne mr maire je vous demande de places une afiche pour une penses a mr hamouri qui est entre les mains des sionistes barbares
merci mr le maire a vous pour votre soutien au peuple palestinien
Cher Marc
C'est la première fois que j'écris sur ton blog (que je lis quotidiennement) car les propos tenus par ce certain gisor m'ont pronfondément perturbés presque qu'autant que les événements dramatiques de GAZA.
Comment peut-il prétendre que par le fait de ton implication en tant qu'humain envers le peuple Palestinien, tu contribues à alimenter la haine entre deux peuples pas si différents que cela plutôt que de voir la réalité de ce drame agé de 60 ans que tout le monde connaît et que personne ne semble vouloir régler.
Cette personne devrait lire le journal l'humanité ou même seulement regarder les photos publiées qui nous dispensent de tout commentaire.
Si ce certain gisor t'avait également entendu hier matin sur France bleu IDF ainsi que sur BEUR FM, il se serait abstenu de te reprocher certains faits.
En effet, tu répondais au journaliste en lui précisant et en insistant que ce n'était pas un conflit entre Juifs et Arabes (comme certains manipulateurs s'efforcent de nous le faire croire) mais un conflit politique, qui à mon goût semble géner les différents chefs d'état qui ne veulent pas prendre leurs responsabilités en tant que tels (quels intérêts privilégient-ils ?)
Alors quand il te reproche ton comportement en tant que Maire d'une ville voulant mettre toute la responsabilité sur le gouvernement israélien, comment ne voit-il pas celle de Sarkosy, chef d'état qui par son positionnement alimente la haine raciale,les injustices entre les individus dans notre pays encore démocratique.
Je parle de sa volonté de nous infliger d'avoir comme lui, une mémoire sélective qui nous rappellerait uniquement les horreurs commises sur certains peuples plutôt que d'autres.
C'est ce qu'il a appelé "devoir de mèmoire".
Je ne suis plus Bagnolétaise mais je suis fière d'avoir comme employeur Marc EVERBECQ qui a le courage de prendre ses responsabilités et de les assumer jusqu'au bout.
petite parenthèse (j'ai trouvé le ton du journaliste de france bleu un peu agressif à ton égard et même de parti pris )
Tant mieux si tu ne l'a pas ressenti entant que tel.......
QUELLE DIPLOMATIE !
Bisous
Lila
Je te remercie Lila pour ce message qui me touche beaucoup. Je t'embrasse à mon tour, en te disant que nous aimons les juifs autant que les arabes, les Algériens et les Marocains autant que
les Français, les Israéliens autant que les Palestiniens, et qu'il serait temps que les misères que les dirigeants imposent aux peuples s'arrêtent. Les peuples s'aiment et se respectent. C'est
l'argent, le pouvoir et la politique qui les divisent.
Encore une fois merci et bisous à mon tour.
-Votre slogan: deux termes: contruire et ensemble
-Importer le conflit, oui, si vos propos de tombent pas sur tes oreilles avisés, je ne parle pas de juifs et d'arabes car la vie veut qu'il y ait des juifs qui soutiennent la cause palestienne, des arabes qui soutiennent la cause sioniste, et d'autres ethnies qui soutienne soit l'un soit l'autre voir aucun des deux.
-De ce fait l'épée de Damoclès est sur ceux qui dans votre ville on le courage tout en gardant les "YEUX OUVERTS" de dénoncer la désinformation et la stigmatisation de l'état israelien face aux méthodes terroriste et inhumaines du hamas. C'est surtout vous qui faites une fixation juif arabes pas moi.
-Pour finir conctruire ensemble une ville où avoir de l'ampathie pour israel est incompris c'est très très tristes.
Voilà pour l'explication de texte, mais gardez votre diatribe pour vos joutes municipales et évitez de faire passer ceux qui osent apporter de la nuances à vos propos pour des personnes ridicules.
Sachez que mon expérience et mes connaissances feront de moi une personne avec les "YEUX OUVERT"
LoooL :) ps: le petit saut à gaza sera fait dès que possible mais sachez que 2 km plus loin rien d'envieux ne s y trouve
Monsieur,
vous m'accusez de faire des diatribes. C'est votre droit à la parole. Nous ne sommes pas dans des joutes municipales et je ne cherche à diviser personne. Je dis ce qui doit être dit. En ce qui
vous concerne vous ne dites rien de ce que vous ressentez au fond de vous. Je suis sûr que votre sentiment est contrasté. Qu'avez vous ressenti exactement devant les cris de douleurs du
gynécologue palestinien en direct de la télévision ? Dites-nous. Cela nous aidera à comprendre. Que ressentez-vous précisément quand la presse mondiale vous dis que des enfants de deux ans ont
été exécutés froidement par des militaires de Tsahal. Vous qui êtes Rwandais, plus qu'Israélien, vous devez avoir un point de vue assez précis sur ce que signifie le mot de "crime de guerre" et
l'atrocité qui se cache derrière. Cela ne vous choque t'il pas de savoir qu'a deux kilomètres de là où vous étiez il y a eu des atrocités du même ordre. Faut-il que le sang du peuple palestinien
coute moins cher que celui des chiens pour que vous ne dédaigniez pas vous y intéresser réellement ? C'est cela la question qui est posée. Certes vous êtes de retour sur le sol d'Israël. Mais au
fond de vous même ne vous êtes vous jamais dit "qui suis-je pour avoir cette prétention là ? " Et si à mon tour je vous disais que vous n'êtes rien, car en fait comme être humain je suis l'enfant
de dieu, et à ce titre la terre qui est aussi celle créée par dieu m'appartient. Où que ce soit car dieu ne se divise pas et ses créations non plus. Que diriez vous si je vous contestais votre
prétendu droit en vous opposant le mien. En vous disant cela j'ai tout simplement l'impression de vous considérer autant que vous ne le faites en ce qui concerne les Palestiniens. Ces gens voyez
vous, vous devriez les aimer, les considérer comme vos frères. Les Juifs avaient besoin d'un refuge au lendemain de la guerre pour que cesse le massacre de ce peuple. Nous avons participé à cette
création. Y compris comme communistes. C'est en notre nom, au nom de l'ensemble de la communauté internationale que vous pouvez aujourd'hui vivre en Israël. Ce n'est pas au nom d'un quelqconque
droit naturel inexistant. Surtout pour vous qui êtes Rwandais. Et alors que vous êtes là au nom du "monde", vous vous comportez de façon étroite, égoiste, refermée, en n'ayant pour seule idée que
de constituer un Etat religieux. Par votre attitude, pardonnez moi de vous le dire aussi directement vous ne construisez pas l'avenir d'Israël, vous construisez un avenir, peut-être le vôtre,
mais sachez qu'il sera comme l'enfer, pavé de malheur. Nous sommes attachés à l'idée d'un Etat d'Israël, au droit de l'aimer comme au droit de le critiquer. Vive la citoyenneté israélienne
ouverte aux apports du monde entier, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans.