Partager l'article ! Hommage du maire de Bagnolet à Mario Piscina: Marc Everbecq Maire de Bagnolet Obsèques de Mario Piscina ...
Le Blog de Marc Everbecq
Ensemble pour le renouveau de Bagnolet
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Marc Everbecq
Obsèques de Mario Piscina
Chère Catherine, Cher Laurent avec Emmanuelle, ses enfants,
Caro Giuseppe, son frère, et Massimo, son neveu
Les petits-enfants, Enzo, Adeline, Jade,
Mes chers amis,
Mon Père, je vous remercie, en notre nom à tous, pour les paroles que vous venez de prononcer.
Oui, Mario Piscina était ainsi.
Peu de temps avant de nous quitter, il avait dit à sa fille Catherine : « Lorsque je mourrai, à mon enterrement, je veux qu’il y ait Dieu et les communistes. »
Quelle drôle d’idée !
En formulant une telle demande, Mario n’avait pas en tête d’organiser une quelconque provocation. Oh non.
Ce sont tout simplement les paroles d’un homme, d’un homme né en Italie il y a 85 ans, d’un homme attaché fermement aux traditions de son peuple, d’un homme qui considère que le deuil est le chagrin de tous les fils d’Adam.
Alors, il nous a tous conviés, autour de lui et de son idée pas si drôle que cela. Et nous sommes là, dans le plus grand respect de l’idée qu’il se faisait de la tradition.
Pour Mario, les traditions ce ne sont pas celles qui enferment les individus dans des stéréotypes (du genre : les Italiens sont des Français de bonne humeur), ou dans des liturgies, ce n’est pas non plus le conservatisme, ni le folklore, ce sont plutôt les traditions qui rassemblent les hommes au-delà de leurs différences pour bâtir la justice, la liberté, la paix.
Mario Piscina faisait donc partie de ces hommes, trop rares, qui savaient qu’il était indispensable de s’ouvrir aux autres.
Vous me direz : Mais, ce n’est pas exactement le Mario que nous avons connu.
C’est vrai, parfois il était dur et il pouvait même nous donner le sentiment qu’il ne faisait pas bon être en désaccord avec lui. Au-delà de sa jovialité naturelle, l’amitié de Mario ne s’obtenait pas aisément.
En effet, Mario était toujours animé de convictions inébranlables, quels que soient les sujets, politiques bien sûr, mais aussi culinaires pour ne prendre que ceux là.
Ainsi, seules les pâtes préparées par Mario lui-même avaient grâce à son goût et à son jugement. Peu étaient les cuisiniers ou les cuisinières qui avaient sa reconnaissance.
Et dans le domaine de la musique, il avait une mémoire infaillible, mais uniquement pour se souvenir des plus belles chansons d’amour italiennes ou françaises et des plus grands airs d’opéra italien.
Le reste l’intéressait peu, sauf le journal télévisé de la télévision italienne. Il regardait « il Telegiornale » quasi religieusement et je n’ose imaginer ce que la force de ses convictions l’aurait conduit à dire s’il avait pu regarder la télévision dans sa chambre d’hôpital il y a une semaine lorsque les informations annonçaient que Silvio Berlusconi avait reçu un coup de poing dans la figure même s’il aurait déploré aussitôt un tel acte. Mario était ainsi. Il était entier. Et au bout de deux secondes de conversation on comprenait tout de suite de quel côté il se situait.
Dans tous les domaines, Mario était un homme de conviction. Mais il savait faire mentir les puritains et les conservateurs.
Par exemple, là encore, en matière de cuisine. Autant il pouvait être intraitable sur la composition de la sauce tomate et du « ragù » qui devait accompagner un plat de pâtes, autant il appréciait s’éloigner de chez lui et de ses recettes quelques instants pour aller déguster tous les vendredi le couscous algérien de son ami Ben de la rue Victor Hugo.
Mario savait donc avoir des convictions fortes, tout en prenant des libertés.
Il savait prendre sa liberté.
Celle qui nous conduit aujourd’hui à tous nous retrouver à l’église.
Nous sommes ici par la volonté de Mario, un homme convaincu que le communisme était l’épopée majeure du vingtième siècle, et que la voix de Dieu, en quelque sorte c’est la voix du peuple.
Vu ainsi, tout devenait pour lui naturel.
Mario était un homme du peuple. Il croyait dans le peuple. Il voulait que le peuple soit fort, qu’il soit respecté, qu’il soit souverain.
Mario n’a pas fait d’études. A l’age de 13 ans il entend ses parents chuchoter entre eux alors que ceux-ci s’inquiétaient du manque d’argent dans le ménage pour nourrir les enfants.
Dès le lendemain, il fait l’école buissonnière et va chercher du travail. Il devient alors boulanger sans que ses parents le sachent. Voilà le vrai métier de Mario : boulanger. Jusqu’à ses derniers jours, il faisait lui-même son pain, et invitait ses amis et sa famille pour partager la « focaccia » (la fougasse) qu’il faisait avec « maestria. »
Mario était l’homme qui savait organiser ses moments de bonheurs imprégnés de simplicité et de partage.
Mario était aussi homme de conviction et d’ouverture en politique.
Comment s’étonner de le voir nous demander de rassembler Dieu et les communistes pour ses obsèques, lui qui s’engagea à 19 ans dans la résistance italienne, aux côtés de ses amis communistes mais aussi probablement aux côtés de nombreux catholiques épouvantés de voir leur pays meurtri sous le joug du fascisme et du nazisme.
L’histoire de Mario, rapportée en France, c’est un peu l’histoire de la Rose et du Réséda, de celui qui croyait au ciel et de celui qui n’y croyait pas comme l’écrivit Louis Aragon.
C’est une profondeur et une acuité politique que de considérer que dans l’action pour un but commun on peut rassembler des hommes et des femmes très différents.
Mario était donc un homme de conviction politique, jusqu’à la fidélité la plus grande pour son engagement de jeunesse, et il respectait toujours ceux qui avaient partagé ses combats même s’ils n’avaient pas la même vision philosophique ou politique que lui.
Mario était fier, il le ressentait même comme un honneur, d’avoir participé à la défaite du fascisme et du nazisme, auteurs de tant de crimes et d’atrocités commis dans toute l’Europe.
Vers la fin de l’année 1943, dans l’Italie du Nord, la lutte pour la libération s’organisait fortement et de nombreux jeunes italiens s’enrôlèrent dans le maquis qui opérait dans les Apennins de Parme et ailleurs.
Le courage de ces volontaires permit des succès militaires sur les fascistes et les troupes allemandes installées solidement le long de ligne Gothica.
Mario n’avait pas encore vingt ans lorsqu’il prit le maquis après avoir déserté l’armée fasciste italienne dans laquelle nombre de jeunes comme lui étaient enrôlés de force. Il déchira donc la chemise noire qu’on lui imposait et partit pour les montagnes où se cachaient les partisans. C’était pour lui un devoir qu’il voulait accomplir avec audace et courage jusqu’à la fin de la guerre.
Suite à sa désertion, il fut condamné à mort en juin 1944 par le tribunal fasciste de Milan.
Les Allemands et les fascistes allèrent même jusqu’à dévaster et brûler la maison de ses parents.
A la fin de la guerre, le 25 avril 1945, il avait le grade de commandant dans les rangs des Partisans.
Il fut décoré par le Gouvernement de la Nouvelle République italienne de la « Croix de Guerre à la Valeur Partisane » tout comme sa ville de Borgo Val di Taro dans la province de Parme qui fut grâce à l’action des partisans de la Brigade Giulia la première ville d’Italie libérée par des partisans italiens.
A Borgotaro tout le monde l’appelle Renzo, le diminutif de Lorenzo. Son premier prénom pour l’état civil.
Au mois d’avril 2009, la République italienne le décorait même de la médaille d’or du mérite militaire en reconnaissance de ses actes de résistance. C’était pour lui un motif de très grande fierté. Et tout Borgotaro était fier de Renzo.
Mario n’a jamais cessé, vu son parcours de résistant, de s’intéresser aux associations d’anciens combattants.
Tout naturellement il s’est rapproché des Garibaldiens dont l’association a son siège dans le 10ème Arrondissement de Paris au 22, rue des Vinaigriers.
Cette association regroupe des anciens combattants anti-fascistes. Les « Chemises rouges » de Garibaldi, qui se sont distingués depuis le débarquement de l’Expédition des Mille en 1860 en Sicile pour réaliser l’unité d’Italie jusqu’aux combats de la résistance anti-fasciste en passant par le soutien à l’Espagne républicaine dans les Brigades internationales.
L’activité constante avec laquelle Mario a servi l’association des Garibaldiens l’a amené à en devenir le vice-président durant 20 ans, ensuite le président national, jusqu’à ce que les maux de la vieillesse viennent s’opposer à ses projets.
Jusqu’à ses derniers jours, Mario Piscina était le président d’honneur des Garibaldiens pour lesquels la municipalité de Bagnolet garde la plus grande affection.
Parler de Mario Piscina c’est aussi dire qu’il était un Français, naturalisé depuis 40 ans, qui a toujours cherché à prendre toute sa place dans la société française. Il y est parvenu, oh combien, et il s’est toujours senti honoré d’être Français.
Il est arrivé à Paris en janvier 1956. Il a travaillé comme maçon chez Leoni dont l’entreprise avait son siège social dans le 20ème Arrondissement de Paris, rue de la Fontaine Arabie.
Puis, il fut plâtrier. Il travaillait « à la tâche », c’était un travail éprouvant, mais cela lui a permis de mieux gagner sa vie. Mario, à force de courage et de travail finira par créer sa propre société de bâtiment et de travaux. Bagnolet est remplie de ces pavillons qu’il a construit, de ces écoles et bâtiments communaux dans lesquels il a fait des travaux. Son entreprise se trouvait là où nous avons construit plus tard la crèche de la rue Désiré Viénot.
Sa première adresse à Bagnolet fut celle qui est restée la sienne jusqu’à aujourd’hui, au 10, impasse de l’Avenir. Quel destinée : habiter « impasse de l’Avenir » et bâtir une si belle vie, pleine de courage, chaque jour, justement pour que l’avenir soit meilleur.
Mario avait de nombreux camarades Italiens, Français, Algériens, et d’autres encore. Il était un homme et un citoyen aux convictions communistes, engagé pour sa ville et sa municipalité.
« Ensemble, disait-il, nous avons réalisé des choses magnifiques. »
Il aimait parler de ses amis italiens de Bagnolet : Ivo Tonuzzi, Cifo Fanara, Madeleine et Rolando Garagnani, Aldo Bardini, Louisette et Jean-Baptiste Ghirardello, Anna Ferrari, Anna Bernazzoli, Sergio et Paolina Belluti, Carla Bozzolo, Serge Lana, Charles Baldassari, Remo et Ermida Liut, Nic Pirolli, Beatrice et Verdiano Marzi, et tant d’autres encore.
Avec tous ceux-là, il avait créé l’Amicale Franco-Italienne de Bagnolet, qui en peu de temps avait pris une certaine importance, regroupant beaucoup de membres. Le stand des Italiens de Bagnolet à la fête de la ville ou à la Fête de l’Humanité était toujours l’occasion d’une mobilisation sans faille pour préparer les plats de pâtes appréciés des plus fins gourmets. Quelle joie cela représentait !
Jacqueline Chonavel donna à leur groupe une aide précieuse et elle fut présidente d’honneur de l’Amicale. Daniel Mongeau a poursuivi sur les mêmes traces le chemin ouvert et pour rendre hommage à tous ces ouvriers italiens de Bagnolet, il baptisa officiellement une rue de notre ville : le Passage des Italiens.
Il y a aussi le jumelage de Bagnolet avec Sesto-Fiorentino. Mario a contribué à animer ce jumelage avec beaucoup d’orgueil et avec une volonté forte et toujours croissante de lier nos deux villes. Il se rendait régulièrement à Sesto avec André Aragnouet pour que vive le jumelage. Des amis de Sesto nous ont d’ailleurs transmis des messages de condoléances même si nombre des amis d’alors ne sont plus là eux-aussi.
Voilà, Mario c’était tout cela à la fois. Les convictions et la générosité, le courage et l’amour des autres.
C’était aussi l’amour de sa famille. Sa femme, qui est morte il y a déjà plusieurs années et auprès de laquelle il reposera. Ses enfants et petits-enfants. Ses frères et sœur et toute la famille restée en Italie.
C’est à vous tous que nous transmettons nos condoléances affectueuses et fraternelles.
Vous pouvez être fiers de lui.
Et puisque Mario aimait l’opéra, l’amour et la vie, je veux terminer par ces quelques phrases de l’un de ses opéras préférés : L’Elixir d’amour de Donizetti.
Il s’agit des paroles, en Français, de l’air de la Furtiva Lagrima :
Une larme furtive
A surgi dans ses yeux.
La jeunesse en fête.
Que désirer de plus ?
Que désirer de plus ?
Elle m'aime, oui, elle m'aime : je le vois, je le vois.
Pour un instant, sentir les battements,
Les battements de son cœur.
Mêler bientôt à ses soupirs les miens !
Sentir, sentir ses battements,
Mêler à ses soupirs les miens !
Ciel ! après on peut, on peut mourir !
Je ne demande rien de plus, rien !
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