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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 16:09

Madame la Maire honoraire, Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’Honneur,

Madame la conseillère générale de Bagnolet, Vice-présidente du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis,

Monsieur le Président de l’Union locale de l’Union française des associations d’anciens combattants, chevalier dans l’ordre national du Mérite,

Mesdames et Messieurs les représentants des associations d’anciens combattants,

Messieurs les anciens combattants,

Madame et Messieurs Aragnouet, Riou, Di Martino, adjoints au maire honoraires,

Mesdames et Messieurs les membres du conseil municipal,

Madame Emeline Le Bère, représentante de Jean-Pierre Brard député apparenté communiste de Montreuil, circonscription à laquelle appartient dorénavant Bagnolet,

Mesdames, Messieurs, Mes chers amis,

Le 11 novembre 1918 fût une de ces journées qui marqua le 20ème Siècle, entre les sentiments de joie et de deuil.

A 5h15 du matin, les représentants allemands acceptaient les conditions d'armistice portées par le Maréchal Foch.

Quelques heures plus tard, le « Cessez-le-Feu » sonnait sur tout le front mettant un terme à quatre années de guerre effroyables.

Dans la clairière de Rethondes, une des plus grandes tragédies du 20ème Siècle prenait fin.

Le maréchal Foch dira : « le 11 novembre à 11h, le feu était arrêté sur tout le front des armées alliées. Un silence impressionnant succédait aux nombreuses semaines de bataille. Les peuples pouvaient entrevoir le rétablissement de la paix dans le monde. »

Mais cette guerre fut avant tout une épouvantable boucherie aux conséquences atroces et meurtrières.

Les soldats partaient alors la « fleur au fusil », dans l’enthousiasme.

En arrivant au front, les soldats s’attendaient à une guerre courte, les Allemands se voyaient à Paris, les Français croyaient prendre Berlin, avec l’idée qu’ils rentreraient chez eux avant les vendanges de 1914.

Mais dès la fin de 1914, les armées sont enlisées dans une guerre de position : les soldats creusent des tranchées où la vie devient un enfer, brûlante comme le « feu » dont Henri Barbusse nous fera part dans son célèbre ouvrage.

La guerre sera une expérience terrible : chaque jour 1 millier environ de soldats de chaque camp est tué. Les Poilus, comme on les appelait, sont soumis à rude épreuve, sous les charges meurtrières, dans le froid, la boue, entourés de cadavres. Cette guerre est la première de l’ère moderne, avec l’utilisation massive d’armes modernes et particulièrement assassines comme les chars d’assaut, les lances-flammes, les gaz toxiques. Le front devient le lieu de l’enfer et de la barbarie moderne. Les moments de solidarité et d’humanisme entre soldats n’en seront, au cœur du brasier, que plus admirables.

Cette guerre de 14-18 fut la première guerre à impliquer autant de nations sur une partie aussi importante du globe. On n'avait jamais atteint jusque-là, une telle aberration dans l'acharnement guerrier.

Le bilan de cette guerre est effroyable : en quatre années de guerre, près de 75 millions d'hommes mobilisés, plus de 9 millions de morts et disparus pour l'ensemble des belligérants, dont plus de 4 millions pour les seules nations de France, d'Allemagne et du Royaume-Uni, représentant 10% de la population active masculine de l'époque dans les deux premiers pays.

Pour les soldats français, la guerre ne s’arrête cependant pas définitivement le 11 novembre 1918.

Il faudra attendre le printemps 1921 pour que la totalité des 5 millions de combattants soient démobilisés.

La démobilisation est progressive : certains hommes sont sous les drapeaux depuis huit ans, sans discontinuer.

En ce qui concerne les opérations militaires, la guerre n’est pas finie.

L’armée française maintient sa pression sur l’Allemagne et occupe militairement la Rhénanie, conformément à la convention d’armistice, jusqu’en 1919.

Sur le front oriental, elle poursuit les combats aux abords de la Russie jusqu’au printemps 1919 contre un nouvel ennemi : le peuple russe qui vient de créer l’Union soviétique sous la conduite des bolcheviks.

La démobilisation est longue et difficile : c’est un mouvement sans précédent d’hommes et de matériel, dans un contexte de difficultés économiques et dans un pays désorganisé où les infrastructures sont détruites ou endommagées.

On comprend l’impatience des soldats français : en juin 1919, à la veille de la signature du Traité de Versailles, les hommes déjà démobilisés craignent d’être rappelés sous les drapeaux.

De plus, 600 000 prisonniers de guerre français rentrent d’Allemagne fin 1918, parfois regardés comme des « lâches », bien qu’ils aient souffert de la captivité et des privations.

Le retour dans les familles, dans la société, et la réinsertion dans le monde du travail posent des difficultés, en particulier pour les invalides et les mutilés. Ces problèmes sont d’autant plus aigus pour les pays européens dont les finances ont été ruinées par le conflit.

La catastrophe est aussi économique.

Dans les zones de combats, les dégâts sont considérables : en France, 3 millions d’hectares de terres agricoles sont dévastées et les infrastructures de transport anéanties. Partout ce sont des usines, des villes en ruines, des villages détruits comme dans la Marne ou en Lorraine où des communes sont déclarées « mortes pour la France ». Neuf communes autour de Verdun ne seront jamais reconstruites.

93 années nous séparent de cet épisode tragique de notre histoire qui reste toujours aussi marquant dans ce qu’il y a de plus profond, au fond de nous même : la conscience.

Les sacrifices des hommes dans les tranchées de Verdun, dans la terrible bataille du Chemin des Dames et des femmes près de la ligne de front, soignant les blessés, les mutilés, les réconfortant dans des hôpitaux de fortune et dans quelles conditions, font partie de ces terribles images gravées dans notre mémoire et que nous nous faisons un devoir de restituer pour comprendre et préserver l’avenir.

Les Poilus de 14-18 croyaient avec l’armistice avoir vécu « la der des der » et pourtant, vingt ans plus tard, nous connaissons la triste suite. En Italie et en Allemagne, les peuples sont soulevés par les discours fanatiques et démagogues d’Hitler et de Mussolini. Les idées simples nourrissent les esprits de haine et de revanche. Et le monde repart dans une seconde guerre, comme s’il avait déjà oublié les horreurs de la Première, puis dans de multiples conflits dont la liste serait trop longue à énumérer ici. L’équilibre de la terreur a fait place, après la chute du mur de Berlin, à un monde éclaté, à une mondialisation dominée par les marchés financiers, les banques d’affaires et les agences de notation, un monde en crise systémique permanente dont l’instabilité est largement fondée à ouvrir d’autres conflits.

Les récents développement de la crise avec la Grèce, et les « dominos » suivants en Europe : Italie, Portugal, Espagne en attendant la France, sont autant d’humiliations pour les peuples et de perspectives de récession et d’abandon qui forment des terreaux pour de futurs conflits.

Il y a tant de grandeur à nourrir, élever, éduquer, soigner les hommes dans un esprit de paix, de solidarité et de justice. Les dominations, qu’elles soient politiques ou économiques sont toujours celles du plus fort sur le plus faible. Cette logique qui oppose, divise, et écrase est aussi celle qui mène à la guerre. C’est elle qu’ il faut combattre pour un monde de paix.

Pour conclure, je voudrais vous lire cette très belle adaptation du discours de Martin Luther King lors de la remise du prix Nobel de la Paix :

« Nous avons un rêve !

Aujourd’hui, dans la nuit du monde, nous affirmons avec audace notre foi dans l’avenir de l’humanité.

Nous refusons de croire que les circonstances actuelles rendent les Hommes incapables de construire une terre meilleure.

Nous refusons de croire que l’être humain ne soit qu’un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans possibilité d’influencer en quoi que ce soit le cours des événements.

Nous croyons fermement que, même au milieu des obus qui éclatent et des canons qui tonnent, il reste l’espoir d’un matin radieux.

La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort.

Nous croyons qu’un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la santé de leur corps, l’éducation et la culture pour le développement de leur esprit, l’égalité et la liberté pour la vie de leur cœur.

Nous croyons que la paix et la fraternité deviendront un jour la loi. Chaque Homme pourra s’asseoir sous un arbre et personne n’aura plus de raisons d’avoir peur. »

C’est pourquoi, Mesdames, Messieurs, notre destinée est entre nos mains.

Merci

 

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