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Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 15:06

 

 

Marc Everbecq

Maire de Bagnolet

Discours pour la 66ème journée de la déportation

et de la libération des camps de concentration nazis

Dimanche 24 avril 2011

 

Mesdames et Messieurs les anciens combattants, les déportés, les résistants ;

Madame Raymonde Lévy, de l’Association Israélite de l’Est Parisien ;

Chère Jacqueline Chonavel et cher André Aragnouet ;

Mesdames, Messieurs les élus ;

Mesdames, Messieurs ;

Quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Parlement a adopté, le 14 avril 1954, une loi qui établit le dernier dimanche d’avril, "Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation".

Ainsi, la République française a décidé d'honorer la mémoire des victimes de la déportation, en particulier des déportés de France dans les camps de concentration ou d'extermination nazis.

C’est en janvier 1933, qu’Adolf Hitler et les nazis créent les premiers camps de concentration en Allemagne.

Dachau, le 21 mars 1933 où sont internés les opposants au régime, les communistes, les socialistes, les "asociaux", tous ceux qui n'entrent pas dans les normes du national-socialisme.

Avec l’entrée dans la seconde guerre mondiale, le système concentrationnaire prend une autre dimension. À partir de 1941, il devient l’outil privilégié de la "solution finale de la question juive".

Les camps se multiplient, y compris dans les territoires annexés ou occupés : Mauthausen en Autriche, Auschwitz en Pologne, le Struthof en France, pour ne citer que ces exemples.

Minutieusement organisée par les nazis, la solution finale prend désormais un visage, celui des chambres à gaz et porte un nom : la Shoah.

Il est encore très difficile aujourd'hui d'établir un bilan précis de la déportation. Cependant les estimations qui résultent des recherches historiques les plus récentes sont effroyables :

  • les camps de concentration ont reçu, de septembre 1939 à janvier 1945, 1 650 000 déportés (résistants, politiques, raflés, droits communs), en majorité des hommes, et 550 000 d'entre eux, c'est-à-dire un tiers, n'ont pas survécu à la déportation ;
  • dans les camps d'extermination, de 1941 à 1945, sont morts 3 000 000 de Juifs, 220 000 à 250 000 Tziganes ainsi que 100 000 malades mentaux ;
  • si on ajoute aux Juifs morts dans les camps, les 800 000 morts par suite de la ghettoïsation et des privations, ainsi que les 1.300.000 morts par exécution en plein air par les Einsatzgruppen, le bilan global du génocide dépasse les 5 000 000 de morts ;

Il faut aussi prendre en compte les 3.300.000 prisonniers de guerre soviétiques exécutés ou morts d'épuisement à la suite des mauvais traitements que leur ont infligés la Wehmacht sous prétexte qu'ils n'étaient pas couverts par la Convention de Genève. On parle souvent de Katyn, à juste raison, mais n’oublions pas, jamais, ce que fut la réalité du martyr soviétique.

En France on estime à plus de 150.000 le nombre des déportés dans les camps de concentration ou d'extermination nazis au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Parmi eux, 80.000 victimes de mesures de répression (principalement des politiques et des résistants, c’est-à-dire clairement des communistes, des socialistes, des gaullistes) et 75.000 juifs, victimes des mesures de persécution touchant également 15.000 Tsiganes. Au total, disparurent plus de 100.000 déportés.

La machine de guerre nazie et de ses collaborateurs zélés du gouvernement de Pétain fut effroyablement efficace.

Les mêmes s’acharnèrent aussi sur les 110.000 déportés résistants de nationalité étrangère, antifascistes allemands, autrichiens, arméniens, italiens ou républicains espagnol. et ce n’est faire injure à personne que de rappeler que dans cet océan de souffrance, les communistes furent particulièrement frappés.

Il y a eu encore d’autres victimes, les prisonniers de guerre soviétiques, les Roms, les tziganes. Tous ceux là ont subi un sort aussi atroce que celui des juifs. Près du quart du million de roms vivant en Europe a été éliminé.

De même que les invalides ont eux aussi été massacrés de sang-froid. Des groupes aussi divers que les Témoins de Jéhovah, les homosexuels, de nombreux écrivains et artistes, ont été victimes de violences effroyables.

Rappelons-nous aussi, que ces crimes contre l’Humanité minutieusement organisés n’auraient sans doute pas pris cette ampleur sans l’aide zélée du gouvernement de Pétain.

Dès octobre 1940, avec la promulgation d'un statut des Juifs, la politique pétainiste d’exclusion et de persécution, expression d’un antisémitisme et d'une xénophobie "à la française" portée par l’extrême droite et une part importante de la bourgeoisie, a défini, classé et isolé les juifs de France.

A partir de 1942, l'appareil d’Etat français, sous la direction de Pierre Laval, a apporté son concours à la mise en oeuvre en France par les nazis, de la "solution finale", en particulier lors de la rafle du Vél d’Hiv' à Paris où, les 16 et 17 juillet 1942, la police française sous l'autorité de René Bousquet a arrêté 13 000 Juifs considérés comme "apatrides".

Au total, plus de 80 % des 75.000 Juifs déportés de France ont été arrêtés par la police française.

Les camps, hélas, n’étaient pas que des « camps de concentration ». Prenons garde à ne pas employer l’euphémisme qu’utilisaient ceux qui les ont construits. En effet, l’objectif n’était pas de « concentrer » un groupe de personnes en un lieu afin de pouvoir les surveiller, mais bien d’exterminer toute une population.

Ce n’est que progressivement que le monde a pris toute la mesure de la barbarie qui régnait dans ces camps. De cette prise de conscience est née l’Organisation des Nations Unies créée en réaction au mal absolu que représentait le nazisme, et la monstruosité de l’Holocauste.

Le droit international a institué, à côté de la notion déjà reconnue de crimes de guerre, celle de crimes contre l'Humanité et celle de génocide, dont allait avoir à connaître, le Tribunal militaire international de Nuremberg.

Dans son allocution prononcée à l’occasion de la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 24 janvier 2005, le Secrétaire Général, monsieur Kofi Annan disait : « Comment un État-nation cultivé, raffiné même, situé au cœur d’une Europe dont les artistes et les penseurs avaient tant donné au monde, a-t-il pu produire une telle barbarie ? Sans doute, comme l’a dit un philosophe « il suffit, pour que le mal triomphe, que les hommes de bien ne fassent rien ». Nous ne devons pas laisser de telles atrocités se reproduire. Nous devons exercer la plus grande vigilance pour empêcher la résurgence du racisme et de l’antisémitisme et être prêts à agir pour combattre ses nouvelles manifestations. »

Permettez-moi de mettre en garde dans la France d’aujourd’hui, contre la banalisation des idées d’extrême droite.

Derrière le ravalement de façade du vieux parti d’extrême droite et le populisme bon enfant de sa représentante nationale, se cachent la bête immonde, une idéologie raciste, antisémite, dont nous avons fait le serment de ne jamais plus lui donner la possibilité de renaître.

Il faut s’insurger non seulement de la bienveillance médiatique accordée à ce parti porteur de valeurs négationnistes et racistes, mais également des positions nombreuses de plus en plus outrageusement provocatrices, des ministres et dirigeants de droite qui espèrent reconquérir leur électorat en puisant leur venin d’exclusion dans le registre du Front National.

À mesure que le temps passe, les survivants, revenus de l’enfer des camps de la mort, sont de moins en moins nombreux. Ils sont les témoins vivant d’une époque de l’histoire que certains voudraient rayer de la mémoire collective. C’est donc à nous de perpétuer ce souvenir en les aidant à rappeler encore et encore que des hommes courageux ont risqué leur vie, et l’ont parfois sacrifiée, pour sauver d’autres êtres humains et que leur exemple honore l’humanité tout entière.

C’est à nous, les générations suivantes, d’entretenir la flamme du souvenir et de faire en sorte que sa lumière éclaire notre propre existence.

C’est à nous de préserver les générations futures des messages porteurs de haine, d’exclusion, de racisme pour qui les chambres à gaz ne sont qu’un détail de l’Histoire.

Nous nous inclinons devant toutes les victimes de la déportation, les Juifs, les tsiganes, les résistants, des gaullistes aux communistes, les maquisards, les simples citoyens, de toutes convictions, de toutes origines, les hommes et les femmes de France ou d'ailleurs qui se sont levés pour refuser la barbarie nazie et engager le combat. Celles et ceux qui ont été tués les armes à la main ou lâchement exécutés par l'occupant ou la milice.

Nous pensons bien évidemment avec tristesse, émotion, et le plus grand respect à Roger Chonavel en présence de notre amie Jacqueline ici présente, à Henri Messager en présence de son fils Jim qui est à nos côtés ce matin, et à Eugène Kerbaul qui fut interné à Châteaubriant alors que notre amie Odette est là ce matin. Et nous pensons à tous les autres que je n’ai pas cités. C’est à eux tous que nous consacrons humblement cette journée.

Vive la République. Vive la Paix.

 

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