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Le Blog de Marc Everbecq
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A mon tour, je me prononce contre l'extradition de Marina Petrella.
Cette personne est actuellement en prison en France, dans l'attente de son extradition vers l'Italie pour y être jugée en raison de faits criminels qui remontent à son activité dans les Brigades
Rouges. Depuis 15 ans, elle vit en France avec ses deux enfants, et exerce le métier d'assistante sociale.
Je pense aujourd'hui que son extradition ne doit pas avoir lieu. Pourquoi ?
Certes, l'Italie est un pays de droit. Et après tout, pourquoi ne pas accepter que la justice d'un pays européen puisse se
réaliser. Les faits concernés sont des crimes, et en quoi la France est-elle abilitée à traiter des affaires de l'Italie. Le problème est maintenant le suivant : les actions des Brigades rouges
se sont accomplies dans un pays, l'Italie, en quasi guerre civile dans les années 60 et 70, avec une droite et une extrême-droite qui ont instrumentalisé le pouvoir d'Etat pour combattre la
gauche et le mouvement ouvrier qui étaient très forts dans ce pays comme l'illustre le poids politique considérable du Parti communiste italien, alors le plus influent d'Europe. Par esprit de
rigueur avec l'histoire j'ai longtemps considéré que les Brigades rouges avaient servi en fait la cause de l'Etat, de la bourgeoisie, et de la droite en Italie, au mieux en dressant une
caricature de ce que pouvait être une alternative de gauche et populaire, au pire en entachant la gauche, le mouvement populaire et syndical, des crimes du terrorisme. Ces crimes ont
pesé lourdement. Ils ont empêché, en effet, la possibilité pour la gauche d'arriver au pouvoir au moment où l'Italie avait besoin de celle-ci. Alors pourquoi François Mitterrand
a t'il apporté la protection de la France, jamais démentie depuis 1985, aux membres des Brigades rouges ? Certains diront qu'il y avait là une volonté d'apaiser la situation en Italie.
Je ne me priverai jamais de dire aussi que François Mitterrand était l'ami du Parti socialiste italien de Bettino Craxi, allié sans vergogne de la Démocratie chrétienne et que le PSI a
participé pleinement à ces années de plomb. Je comprends donc parfaitement qu'en Italie majoritairement les militants de gauche et le peuple de gauche demandent justice, non seulement
des crimes, mais aussi de cet immense gâchis politique qui a fait perdre des années et des années à l'Italie qui aurait bien eu besoin, à cette époque-là, d'une gauche au pouvoir pour combattre
la crise économique naissante des années 70 et 80 avec son cortège de licenciements dans les usines. Ce sont les travailleurs italiens qui ont payé la note de tout cela. J'aimerai que cela ne
soit jamais oublié. Seulement voilà, pendant que les Brigades rouges, ces enfants maudits de la gauche italienne, (lire l'excellent livre de Alberto Franceschini, l'un des fondateurs des Brigades
Rouges) devaient parcourir l'Europe et le monde pour se cacher, il se trouve que les terroristes de droite, avec la complicité des services secrets de l'Etat, qui ont été d'ailleurs dix fois plus
actifs et criminels (attentat de la Piazza Fontana, etc.) ont pu continuer à vivre en Italie comme si de rien n'était. Insupportable, car la justice doit être la même pour tous. Alors nous voila
tous pris au piège. Comment accepter l'extradition de Petrella, Battisti et les autres, sans obtenir la comdamnation de tous les politiciens verreux, mafieux et criminels de la Démocratie
chrétienne et du PSI qui ont fini d'ailleurs par assassiner Aldo Moro pour empêcher le compromis historique avec le PCI de Enrico Berlinguer. Au fond, il n'y a qu'une seule solution : un immense
débat politique et citoyen en Italie sur toutes ces années terribles pour parvenir à une amnistie générale qui permettrait de regarder l'avenir de l'Italie avec espoir. La décision de
Nicolas Sarkozy d'accepter la demande d'extradition de Marina Petrella ne participe donc pas à l'expression de la justice en Italie, mais traduit l'accord du gouvernement français avec la
volonté de Silvio Berlusconi de poursuivre la politique des règlements de compte. Ce n'est pas le rôle que la France devrait avoir vis-à-vis de sa soeur l'Italie.
Par ailleurs, ce sont les circonstances difficiles du moment, Marina Petrella est gravement malade. Elle a annoncé que si elle devait être extradée, ce serait son
corps mort qui partirait en Italie. Elle se laisse donc mourir. La justice ne peut être obtenue à ce prix qui devient celui de la barbarie et de la justice de classe. C'est inacceptable. Ne
serait-ce que pour cette unique et dernière raison, celle de l'urgence humanitaire et et de la compassion humaniste, Marina Petrella ne doit pas être extradée.
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