Partager l'article ! Dernière partie de l'histoire offerte par Nadia Agsous: A L’ENFANT QUI SOMMEILLE EN NOUS !Suite et fin Le retour de Rajoul oua Imrâ ...
Le Blog de Marc Everbecq
Ensemble pour le renouveau de Bagnolet
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Suite et fin
Le retour de Rajoul oua Imrââ (1)
Scène II
- Tu as fait un cauchemar, cette nuit ? Oh, encore un cauchemar ! Cela fait combien de fois en une semaine ? Qu’est ce qui te préoccupe mon fils ? Ça ne va pas à l’école ? Dis-moi ! Parle-moi ! Raconte-moi tout ! Viens te réfugier dans mes bras ! Viens oublier le mal et son cortège de souffrances et de douleurs !
- C’est cet homme ! Il est partout. A la télévision. Au cinéma. Dans la rue. A l’intérieur des maisons. Cette nuit, il me parlait. Il me disait qu’il te tuerait et que je resterais orphelin.
- «Sans mère ? Sans mère ? i ai-je crié. Mais comment ? Comment ? Oui. Comment pourrais-je survivre ?»
Il m’a alors fixé de son regard froid. Dur. Vide. Triste. Sinistre et tout en éclatant de rire, d’un rire effroyablement effrayant, il a disparu furtivement dans la pénombre de ma chambre. Cet homme aux yeux creux, trompeurs, sournois, insidieux a plusieurs visages. A l’image d’un caméléon. Tantôt chien. Tantôt humain. Tantôt dragon. Tantôt loup. Tantôt diable. Tantôt Dieu. Tantôt homme. Tantôt femme. Et dès fois, il a tous ces visages à la fois. Alors, c’est à ce moment là, qu’il devient capable des pires horreurs. En Palestine, en Irak, à Sarajevo, en Algérie, au Nigéria, au Rwanda…
- Palestine ? Nigéria… ? Mais que sais-tu de ces pays et du monde, mon fils ? Tu es si jeune !
- Crois-moi, oh ma mère ! La foule l’acclame, le réclame, le déclame. Mais il nous veut du mal. Tous les soirs, il s’enferme dans le reflet de son miroir et parle à la face déformée de son visage. Et je l’entends pleurer et lui dire tendrement :
«Oah, ma face, ma belle face ! Toujours aussi malade ? Tu ne guériras donc jamais ? Condamnée disent les docteurs ! Par la faute de ces terriens, tu as épousé les contours de la laideur. Tu as pris la couleur de la mort. Du pus ! Encore du pus ! Ça coule à flot. Mais comment arrêter cet écoulement qui m’inonde au point de m’aveugler ?»
- Ecoutes-moi, mon fils ! Ce visage te hante au point de t’habiter et de te posséder. Mais ne t’ai-je jamais raconté l’histoire aux reflets d’or de ce rêve que je fais depuis que je suis toute petite fille ? Dans ce monde là, mon fils. On ne hait pas. O aime. On ne détruit pas. On construit. On ne tue pas. On donne la vie. On n’humilie pas. On valorise. Dans ce monde-là, un homme et une femme. Pas très souvent côte à côte. La plupart du temps séparés. Eloignés l’un de l’autre. Mais très proches par la force de l’amour qui les lie et les relie. Qui les unit et les réunit. Très proches, mon fils. Tu veux certainement savoir à quoi ils ressemblent ? Tiens, j’ai une photo. Regarde les ! Leur corps irradie une mosaïque de lumières : bleue, verte, rouge, violette, oranger, or, argentée. Des lumières qui fusent. Qui se donnent à la lumière de la lune qui peu à peu installe son orchestre et tout son matériel de réjouissances. Et que la fête commence ! Que les tambours battent leur plein ! Que les musiques emplissent les coeurs privés d‘amour et de tendresse !
Retrouvailles ! L’image de la vie et ses infinies ouvertures sur des possibles en attente de devenir.
Retrouvailles ! La rencontre de deux êtres qui se cherchent et se recherchent. Suspendus à l’orée d’un Eden où la vie tournoie. Trébuche. Virevolte. Avance. Se fait de plus en plus imposante. Se glisse hors de son antre pour s’égarer dans l’écho du vent qui souffle aux quatre coins du monde.
Retrouvailles ! Le lieu où l’Amour court en toute liberté frapper aux portes closes afin de les ouvrir à la Lumière qui s’acharne à envahir l’espace de ses désirs expansionnistes. Bénissons cette protection contre les forces du mal !
Ce Sirius, mon fils, n’est pas tout-puissant. Là-haut. En bas. Dans les cieux. Dans les nuages. Au fonds des mers et des océans, des êtres aux origines mystérieuses guettent. Et lorsque Sirius prépare un plan de destruction, ils accourent vers Rajoul oua Imrââ afin de les informer du complot. C’est alors que chacun de son côté, quitte son havre de paix et de sérénité pour revenir sur terre et ensemble, barrer la route à Sirius et compagnie. Mon fils, le savais-tu ? Rajoul oua Imrââ sont les parents de Sirius.
- Que me dis-tu là ? Sirius le fils de Rajoul oua Imrââ ? Tu es sérieuse ? Oh ! Ma petite maman ! Beaucoup d’imagination ! Tu devrais écrire un roman !
- (Rires.) Je suis sérieuse. Je ne te raconte pas d’histoires. Il est leur fils aîné. Il leur a échappé avant même qu’il ne soit conçu. Au moment où le spermatozoïde et un ovule allaient faire la fête, le grand-père de Sirius connu pour ses compétences maléfiques, s’est emparé de l’œuf. Kidnapping sans rançon. En fait, il s’agit d’un vol d’enfant en pré-gestation. Il voulait remplacer l’enfant mort-né disparu dans les flots de la tempête que Dieu envoya sur l’Univers pour punir les hommes et les femmes de leur engloutissement dans le néant.
Tu vois, cette photo est très récente. Elle doit dater d’hier. Oui. C’était bien hier que l’arc en ciel avait occupé le ciel pendant de très longues heures ? Hein ! Nous étions heureux. Te rappelles-tu ? Nous étions devenus multicolores. Les reflets de ces couleurs irradiaient nos visages. La présence de Rajoul oua Imrââ avait envahi mon corps, ma tête. Je savais que le mal avait été vaincu. Vaincu non pas par les armes et la violence mais par leur présence. Tout simplement.
Que Dieu te protège mon fils! «Khamsa fi aïn Sirius» (2) et toute sa fratrie. « Et cinq dans les yeux » du démon qui nourrit sa haine ! Que le Saint du Saint de notre belle ville éloigne à jamais de toi tous les mauvais êtres qui avancent en rampant. Sans faire de bruit. En silence. Lentement. Insidieusement. Que la main de ma main les retienne prisonniers pour toute l’éternité. Que l’arrière main de mon père les empêche d’escalader les montagnes et de déverser sur nous leur venin empoisonné. Que ta main, mon fils, se retourne sept fois avant de tourner le dos au froid qui a envahi les cœurs et construit une baraque en bois. Question de développement durable, crie-t-il à qui veut bien l’entendre. Que la main de ton père prenne la tienne et, main dans la main, vous irez fièrement marcher sur la grande route et affronter les forces du mal qui guettent, regardent, observent, menacent au point de vouloir attaquer.
Conjure le mauvais sort, mon fils ! Tiens ! Prend ! Une amulette confectionnée de la main
de Rajoul oua Imrââ. Portes la à ton cou, mon fils. Et lorsque la peur envahira ton coeur, prends la de ta main droite et pose la dans ta main gauche. Ouvres-la. Un texte dansera sous tes yeux pétillants de joie. De bonheur et d‘amour. Un texte dont le Verbe résonnera en toi comme une révélation qui hantera tes sens et guidera tes pas. Ce texte, lis-le mon fils. Lis-le sept fois. Sept fois à droite. Sept fois à gauche. Il paraît que ses mots ont le pouvoir d’éloigner les esprits les plus maléfiques, les plus réfractaires, les plus rebelles. Il paraît qu’ils effacent les peurs d’un revers de la manche. Il paraît qu’ils soignent les maux les plus incurables. Il paraît qu’ils sèment la paix là où il n’y a que la guerre. Il paraît qu’ils cultivent du blé là où douze mois sur douze il ne fait que sécheresse. Là où toutes les minutes un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept huit, neuf, dix…personnes rendent l’âme à force de ne point avoir mangé. Oui. Sans nourriture pendant toute une vie.
Lis ! Lis ! Mon fils. Et lorsque tu n’auras plus de souffle, tu « agiras». Tu « risqueras ». « Tu vivras ». Encore et encore. Eternellement, mon fils car
« Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
Vis maintenant !
Risque-toi aujourd'hui !
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !» (3)
- Au nom de cette belle poésie, tu liras, au nom de la Connaissance et de l’Erudition. Tu liras pour que Lumière tu sois, mon fils ! Au nom de tout ce qui nous entoure et nous fait exister, tu vivras, mon fils ! Hier. Aujourd’hui. Et demain.
- Ce qui me reste à faire, c'est grandir vite, très vite pour pouvoir comprendre le langage énigmatique et mystérieux des adultes.
Juin 2008. Nadia Agsous
Notes :
1 – « Rajoul oua Imrâa » signifie en langue arabe, « homme et femme ».
2 – « Khamsa » signifie cinq en langue arabe. « Khamsa fi aïnek » (« Cinq dans tes yeux ») est une expression invoquée pour éloigner le mauvais œil et par là même le mauvais sort.
3 – Extrait du poème « Il se meurt lentement » du poète chilien Pablo Neruda (1904-1973).