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Samedi 24 mai 2008 6 24 /05 /Mai /2008 00:39

Risqué, bouillonnant, imprévisible, le festival Les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis fait figure de splendide anomalie. Beaucoup d'inconnus à l'affiche cosmopolite de l'édition 2008, qui additionne 48 représentations dans dix théâtres de huit villes du département. C'est dire le degré offensif d'une manifestation, tout sauf racoleuse, dans le contexte de frilosité artistique et économique actuelle. Les professionnels ne s'y trompent pas : en 2007, plus de deux cents diffuseurs internationaux y ont fait leur marché de talents tout frais.

Découvrir, défier l'inflation de spectacles pour continuer à soutenir la création, Anita Mathieu, directrice acharnée du festival, en fait une revendication. "Je pourrais évidemment faire les têtes d'affiche. Ce serait plus simple, mais ma sensibilité, mon penchant militant m'entraînent ailleurs. Il faut bien que certains continuent à faire le travail de défrichage. J'ai par ailleurs constaté que des chorégraphes dont on n'a jamais entendu parler trouvent ici un public que certains artistes renommés ne mobilisent pas plus." Le ton est ferme, électrisé par les difficultés quotidiennes pour assumer ses choix.

Si les Rencontres, rendez-vous majeur de la danse contemporaine, profitent de l'héritage historique du Concours de Bagnolet des années 1980, elles n'en demeurent pas moins vulnérables. Le succès de certains artistes comme Nasser Martin-Gousset ou Alban Richard, qui ont débuté aux Rencontres il y a quelques années, n'oblitère pas la pression commerciale ambiante.

 

DÉMARCHAGE PERMANENT

 

Le nomadisme forcé de la manifestation, passée de deux théâtres partenaires à dix cette année, est une preuve flagrante de sa capacité à s'enraciner. L'inconfort a des vertus à condition de ne pas en abuser. Le désir d'un toit travaille effectivement Anita Mathieu, abritée avec son équipe de sept permanents dans un immeuble de Bagnolet. Le soutien des théâtres résulte d'un démarchage permanent, exigeant un temps et une énergie énormes. "C'est une stratégie d'une extrême complexité. Je dois convaincre les directeurs, négocier leurs participations, me glisser dans leurs trous de programmation - les week-ends de mai. Cette année, le nouveau directeur du TGP de Saint-Denis, Christophe Rauck, qui a remplacé Alain Ollivier, remet en cause sa participation. Je perds trois salles de formats différents qui manqueront aux artistes en 2009."

En pleine période de restrictions économiques, les Rencontres, dont le budget global atteint 1 100 000 euros (pour 70 % financé par le conseil général, 16 % de recettes propres), n'ont pas échappé à la baisse. La subvention de l'Etat a diminué de 6 %, passant de 140 000 à 132 000 euros, et entamant les actions pédagogiques.

"Je suis très en colère. Nous touchons 1 300 jeunes de 40 collèges et lycées. C'est inacceptable. La démocratisation culturelle est vitale pour ce département. Le conseil régional d'Ile-de-France n'apporte par ailleurs aucun soutien au festival. Et pourtant, les Rencontres constituent 40 % de la diffusion danse annuelle dans le 93."

 

Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, Bagnolet.
Du 15 mai au 8 juin. Tél. : 01-55-82-08-08.

Rosita Boisseau
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