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Dimanche 27 avril 2008 7 27 /04 /Avr /2008 15:06


Marc Everbecq

Maire de Bagnolet

Dimanche 27 avril 2008

Commémoration de la libération des camps de concentration

 

Madame le Maire honoraire,

Madame la Conseillère générale de Bagnolet, vice-présidente du conseil général de la Seine Saint-Denis,

Mesdames et Messieurs les présidents des associations de déportés et d'anciens combattants,

Mesdames, Messieurs les membres du conseil municipal de Bagnolet,

Mesdames, Messieurs, mes chers concitoyens,

Notre présence de ce matin, autour de notre mémorial de la Résistance, est consacrée au souvenir des victimes de la déportation dans les camps de concentration et d’extermination nazis.

Je vous remercie donc de votre présence nombreuse pour honorer toutes celles et tous ceux qui ont souffert et ont disparu dans ce système d'anéantissement de l'être humain conçu et mis en place par l’Allemagne nazie.

Dès l’arrivée de Adolf Hitler au pouvoir, en 1933, les nazis entament l'élimination de leurs adversaires politiques. Dans cette Allemagne d’avant-guerre, les arrestations visent donc immédiatement les communistes et les sociaux-démocrates. Les prisons débordent très vite. Lors du premier mois de pouvoir hitlérien, en mars 1933, on recense environ 15 000 arrestations politiques. C’est énorme.

Heinrich Himmler, un autre dirigeant nazi, ouvre, le 20 mars 1933, le premier camp de concentration prés de Dachau. Trois autres camps ouvrent presque aussitôt près de Berlin. Parmi ces trois camps-là on dénombre le tristement célèbre camp de Sachsenhausen dans la ville de Oranienburg qui est jumelée avec Bagnolet depuis 1964.

En parlant de Sachsenhausen, le souvenir de Roger Chonavel et de Henri Messager nous vient immédiatement. Roger Chonavel était de Bagnolet. Henri Messager était des Lilas et son fils Jim est Bagnoletais. C’est avec toute la force de nos convictions et avec notre plus profonde affection pour ces deux personnes qui connurent la déportation, l’un qui y mourra, l’autre qui en reviendra, que nous nous inclinons devant leur mémoire.

Ces deux personnes furent déportés parce qu’ils résistaient au nazisme et à ses représentants collaborationnistes en France.

Ces deux résistants luttaient contre l’occupant nazi, ils luttaient contre son idéologie de nationalisme à outrance, contre l’antisémitisme, contre la politique de classe antisociale des nazis. Ils s’en prenaient aux fondements de la politique nazie. Ils furent nombreux comme ces deux-là à mener cette lutte ardente. Mais, dans un premier temps, cela n’a pas suffi pour empêcher l’horreur de se produire.

En effet, ce ne sont pas seulement les militants politiques qui furent combattus par les nazis, ce furent dans un même mouvement l’ensemble des Juifs d’Allemagne et d’Europe. Les persécutions se multiplient contre les Juifs au nom de la protection de la race aryenne.

Les nazis avaient l’ignoble idée d’une race aryenne pure, seule, à leurs yeux, de nature à sauver le monde et à le développer. C’est cela le racisme. L’idée qu’une race pourrait être supérieure à une autre.

Le mythe de la race pure engendre toutes les dérives pour éliminer tous ceux qui ne correspondent pas à la prétendue race aryenne, tous ceux dont les moeurs ne permettent pas la reproduction de la race.

A partir de 1941, l'extermination des juifs est commencée. Le 20 janvier 1942, la mise en place de la « solution finale » est décidée.

En France, plus de 150 000 personnes sont déportées, dont 80 000 pour des raisons politiques ou de résistance.

La rafle de 8 160 personnes, toutes juives, le 17 juillet 1942 est exécutée par les gendarmes français.

La persécution des Juifs et des Tsiganes français entraîne 75 000 d'entre eux vers les sinistres camps. La plupart d'entre eux ne reviendront pas.

Des millions d'êtres humains disparaissent dans ces camps sous le seul prétexte qu'ils sont juifs, tsiganes, communistes, socialistes, résistants, ou homosexuels.

Les enfants comme les vieillards connaissent les conditions inhumaines de vie qui sont imposées dans les camps.

A partir d’un moment les juifs seront conduits directement dans les chambres à gaz pour y mourir puis vers les fours crématoires.

A l’entrée des camps, c’est le cas sur le portail d'Auschwitz comme sur celui de Sachsenhausen, est inscrit en sinistres lettres de fer « Arbeit macht frei », c’est-à-dire "le travail rend libre". Les camps sont en effet également ceux dans lesquels le capitalisme allemand exploite cette main d’œuvre gratuite pour faire tourner à plein la machine économique allemande et principalement sa machine de guerre et de domination de l’Europe entière. Des millions de personnes mourront d’épuisement au travail. Le but des SS est simple : asservir ceux qu’ils considèrent comme des sous-hommes.

Et quand les fours crématoires ne suffiront pas à éliminer tous les morts, les fosses communes y suppléeront.

La récupération de tout ce que pouvaient porter les déportés est une honte de plus : vêtements, cheveux, chaussures, dents.

Les gazages de masse sont interrompus à Auschwitz en octobre 1944, mais les exécutions continuent. Un million de Juifs auront trouvé la mort à Auschwitz.

En apprenant l'approche de l'armée soviétique, les nazis abandonnent le camp après avoir dynamité les chambres à gaz.

Dans leur mouvement de repli, à Auschwitz comme dans les autres camps, les nazis exécutent les déportés survivants par groupes entiers, ils les laissent mourir de faim, ils les épuisent dans les sinistres marches de la mort, les « Todesmarsch » comme celles où périront ces milliers de femmes en évacuant le camp de Ravensbrück et auxquelles nous allons rendre hommage tout à l’heure autour de la stèle « Rose de Ravensbrück. »

Les américains atteignent Dachau le 29 avril 1945 et les soviétiques libèrent Ravensbrück. Les déportés de Büchenwald se libèreront eux-mêmes. Ils avaient organisé la résistance de façon clandestine dans le camp.

Les soldats américains arriveront ensuite. Et ils entreront dans les camps stupéfaits par l’horreur. A Büchenwald, ils décidèrent d’obliger 1200 habitants de Weimar, une ville toute proche, à venir dans les camps car les Allemands disaient qu’ils ignoraient tous l’existence de ce qui se passait dans les camps.

La libération des camps révèle les conditions de vie dégradantes de ces femmes et de ces hommes pour qui la souffrance physique était permanente et la mort au bout du chemin.

Comment imaginer qu'un Etat européen ait pu mettre en place une telle politique raciste ? Comment croire que des Français aient pu collaborer à cette traque pour écarter ceux qui défendaient d'autres opinions ? Comment envisager que des responsables politiques aient pu organiser un génocide généralisé pour faire disparaître des peuples ?

Souvenons nous de tous ceux qui sont disparus, victimes d'un tel projet politique. Rendons hommage à celles et ceux qui sont revenus et qui méritent notre plus profonde attention. Le devoir de mémoire est plus que jamais nécessaire. Les témoins vivants se font chaque année moins nombreux.

Désigner comme boucs émissaires, ceux qui n'ont pas la même couleur de peau, ceux qui pratiquent une religion différente ou ceux qui ont un nom bizarre est encore aujourd’hui une tentation proposée par certains. Ils ne s'affichent pas tous nazis, loin de là, mais ils en développent les mêmes principes politiques sous d'autres formes.

Il existe encore des appels au racisme, à l'antisémitisme, à la négation de l'histoire ?

N’est-ce pas Le Pen, qui avant-hier encore, a déclaré dans un magazine que « les chambres à gaz ne sont qu’un détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale. »

Face à cette abjection, face à la négation de l’histoire, face à cette entreprise de démolition des consciences, on le voit bien, la compassion, le souvenir livresque et commémoratif aussi importants et essentiels soient-ils, l’invitation à ce que chaque enfant ou chaque classe s’associe à la mémoire d’une victime de la Shoah, tout cela ne suffira pas à éloigner les idées toujours vivantes de ceux qui ont créé hier les camps de concentration. Notre responsabilité reste donc engagée et elle est véritablement politique. Nous devons donc combattre, dans la diversité de nos opinions, ceux comme Le Pen ou d’autres qui s’inspirent toujours des politiciens et des hommes d’affaires puissants qui dès 1936 disaient « Hitler plutôt que le Front populaire. »

Rappelons tout cela pour que l'histoire ne se répète pas.

Je vous remercie de votre attention.

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