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Mardi 16 octobre 2007

1961-10-21-ici-07e91.gifMonsieur Brahim Akrour, Président de l’Association des Berbères de Bagnolet,

Monsieur Benfadel, Vice-Consul d'Algérie,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Mes chers concitoyens,

Il y a tout juste un an, nous avons ensemble accompli un acte fort, de justice et de mémoire, en créant et en inaugurant la Place du « 17-octobre-1961 », ici même, en présence de nombreuses personnalités. Je me souviens de l’honneur que nous avaient fait de leur présence Monsieur Benbouali, le Consul d’Algérie en France, et la délégation de nos amis d’Akbou, conduite par leur maire, Monsieur Benseba.

Nous rappelions les faits tragiques de cette journée et de celles qui suivirent ainsi que la présence aux abords de cette manifestation de notre amie et ancien Maire de Bagnolet Jacqueline Chonavel marquant son implication contre la guerre d’Algérie.

Rappelons, pour tous ceux qui n’étaient pas là l’an dernier, le contexte de cette page sombre de notre histoire.

arton28.jpgEn 1961, la nécessité d'une solution négociée au conflit algérien s'est imposée. Des négociations ont été officiellement ouvertes entre le Gouvernement de la France et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne le 20 mai 1961.

Quelques temps avant en 1958, Maurice Papon avait été nommé préfet de police à Paris pour contrer l’activité du FLN. Il organisa des rafles massives de « Français musulmans d'Algérie ». Les violences à l'encontre de la population nord-africaine de Paris s'institutionnalisèrent. Maurice Papon ira jusqu'à instaurer, le 1er septembre 1958, un couvre-feu pour les Nord-africains. Au cours des opérations de police, des internements, des rafles et des "contrôles", des hommes disparurent. De nombreuses plaintes furent déposées, pour torture, pour meurtre. Aucune n'aboutit.

Face à cette situation, le FLN décida d’appeler au boycott du couvre-feu. Ce boycott devait prendre en octobre 1961, la forme d'une manifestation pacifique de masse, au grand jour. Les manifestants reçurent donc la consigne de ne répondre à aucune provocation, ni à aucune violence.

Le 17 octobre 1961, jour le la manifestation, les manifestants sont très nombreux et viennent de toute la région parisienne, notamment de tous ces bidonvilles qui ceinturent Paris comme à Nanterre ou Aubervilliers. Les manifestants sont systématiquement réprimés et matraqués, sous les ordres du préfet de police Papon, les policiers tirent sur les manifestants. Sur les ponts, aux portes de Paris et sur le pont Saint-Michel, des Algériens sont noyés dans la Seine.

Plus de 10 000 Algériens sont interpellés. Ils sont internés pendant près de quatre jours. Quatre jours pendant lesquels auront lieu des exécutions, des tortures et de nombreux décès consécutifs à des blessures non soignées. Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel est de deux morts algériens. Aucune des plaintes déposées n'aboutira pas plus qu’une commission d’enquête réclamée par les députés communistes et socialistes.

De cette page noire de notre histoire il ne reste pas grand-chose dans les manuels d’histoire.

Pendant longtemps, nul n’a semblé savoir qu'avait eu lieu en 1961 une manifestation de masse d'Algériens à Paris, ni qu'elle avait été réprimée avec une extrême violence. L'oubli qui a frappé la journée du 17 octobre 1961 commence par la censure organisée par le pouvoir ce que corrobore le nombre des saisies et des interdictions de publication.

La censure ne peut pourtant pas suffire à elle seule pour expliquer l'oubli du 17 octobre, si l'on considère en particulier ce qui a été écrit dans la presse dans les jours qui suivirent les massacres : beaucoup de choses ont été sues et portées à l'attention du public.

Moins d'une semaine après les faits, tous s'accordent pour dénoncer les violences policières. Au lendemain de la manifestation, seuls L'Humanité et Libération dénoncent la violence de la répression. Le Monde et La Croix, se voulant neutres, relayent la version officielle de " heurts " avec la police tandis que Le Figaro et France-Soir affirment que ce sont les manifestants, " fanatisés " ou " manipulés " par le FLN, qui se sont rendus coupables de violences à l'encontre des policiers.

Mais dans la semaine qui suit la manifestation, à mesure que les témoignages affluent, un consensus se dégage dans la presse : tous en viennent à dénoncer les " violences à froid " dont ont été victimes des manifestants pacifiques. Tous font état des corps que l'on retrouve quotidiennement dans la Seine. La presse n'a donc pas été silencieuse : elle a su l'essentiel des faits et en a traité publiquement, malgré la censure. La raison de l'oubli du 17 octobre 1961 doit donc être aussi cherchée ailleurs que dans la censure organisée par l'Etat.

Un premier élément de réponse s'impose : le 17 octobre 1961 a d'abord été oublié au même titre que tous les crimes de la Guerre d'Algérie. Ce ne sont pas seulement les violences du 17 octobre 1961 qui ont longtemps été recouvertes d'une chape de silence et d'oubli, c'est l'ensemble des crimes de la police et de l'armée françaises pendant cette "opération de maintien de l'ordre".

Que sait-on aujourd’hui sur le nombre des victimes ?

Pour débloquer le compteur officiel resté fixé à deux morts, il a fallu attendre le rapport du conseiller d’État Mandelkern établi en 1997 à partir des archives de la préfecture de police pour qu’on parle de plusieurs dizaines de morts. Aujourd’hui, les recherches les plus sérieuses conduisent à affirmer qu’il y a eu au moins 200 morts lors des journées des 17 et 18 octobre et plusieurs centaines durant les mois de septembre et d’octobre. Les noms de 400 personnes retrouvées mortes ont été publiés auxquels il faut ajouter de très nombreux disparus dont on n’a jamais retrouvé les corps.

46 ans après, la vérité est en marche mais la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, en particulier dans la Guerre d’Algérie et dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elle a entraîné, ni dans ce crime d’Etat que constitue le 17 octobre 1961.

Les voix continuent à s’élever pour obtenir :

·        l’ouverture de toutes les archives sur cet événement,

·        la reconnaissance officielle de ce massacre,

·        sa prise en compte dans les manuels scolaires et dans les enseignements,

 

·        l’interdiction des hommages publics et officiels à l’OAS,

·        la levée des sanctions prononcées contre les archivistes qui ont témoigné lors du procès Papon contre Jean-Luc Einaudi.

Un Rassemblement se tient ce soir à 18h30 avec le concours de la Chorale Populaire de Paris au Pont Saint-Michel à Paris, là où tant d’Algériens ont été jetés à la Seine, et noyés il y a 46 ans.

Nos voix doivent continuer à s’élever pour dire que nous n’oublierons jamais.

C’est l’engagement que je prends solennellement devant vous ce soir. Je vous remercie.

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