Le Blog de Marc Everbecq
Ensemble pour le renouveau de Bagnolet

Quelle est l’étendue des dégâts dans le Péloponnèse ?
Tassos Kourakis. L’ampleur de la catastrophe ne peut pas être encore cernée aujourd’hui. De nombreux villageois ont perdu leurs maisons et leurs récoltes. Ils n’ont plus de revenus. L’économie de la région est axée sur l’agriculture. Les paysans vont généralement devoir attendre entre 7 et 10 ans, le temps qu’il faut pour faire croître de nouveaux plants d’oliviers et d’orangers. Les parcs naturels qui abritaient des espèces d’animaux rares sont partis en fumée. Si la cité archéologique d’Olympie a pu être sauvée, tout ce qui était autour a été brûlé. C’est un paysage de désolation impropre à recevoir de nouveaux touristes.
Le gouvernement affirme que ces incendies sont le fruit d’actes criminels. Qu’en pensez-vous ?
Tassos Kourakis. Le gouvernement veut jouer les victimes. En cherchant à imiter George W. Bush après le 11 septembre 2001, Costas Caramanlis provoque la peur. Il invoque un complot terroriste et cherche ainsi à rassembler autour de lui une patrie qui serait menacée. Il n’y a aucune preuve du début d’existence de ce prétendu complot. Les vraies causes des incendies sont diverses : le réseau électrique mal entretenu, les vents forts, la canicule, la négligence de certains citoyens (une vieille femme a mis le feu en essayant d’allumer son four). La Nouvelle Démocratie, c’est-à-dire la droite au pouvoir, entend cacher ses responsabilités. L’alerte dans le Péloponnèse avait atteint le niveau 4, le plus haut sur l’échelle de dangerosité des services de sécurité civile, à cause des conditions climatiques. Mais aucun plan de prévention et de gestion des incendies n’a été mis en place. Les réserves d’eau étaient à sec, de nombreuses zones coupe-feu étaient abandonnées.
Quelles sont les autres raisons de la catastrophe ?
Tassos Kourakis. Ce sont les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir, quelle que soit leur couleur politique, y compris celui conduit par le parti socialiste (PASOK) aux affaires jusqu’en 2004. Bien que l’organisation des premiers secours - quand il s’agit de répondre rapidement au déclenchement d’un incendie - soit la clé d’une maîtrise du feu, l’efficacité de ce point de vue n’était jamais au rendez-vous. S’il y avait eu des équipes de surveillance dignes de ce nom, un simple verre d’eau aurait pu suffire à éteindre les départs de feu. Mais le projet de mise en place d’un système de surveillance des incendies de forêt a été complètement abandonné, ces dernières années.
De plus, les opérations de lutte contre les incendies de forêts étaient de la responsabilité des gardes forestiers. Et le gouvernement socialiste leur a ôté cette attribution au profit des pompiers, alors que ceux-ci travaillent en ville. Ils connaissent donc mal la forêt et n’ont pas la formation pour faire face à un incendie de ce type.
De plus, le service des pompiers est en sous-effectif. Il aurait besoin de 4 000 recrues supplémentaires. Les financements publics destinés à la protection des forêts sont dérisoires. Mon parti, Synaspismos, dénonce depuis longtemps cet immobilisme. Depuis l’an 2000, l’UE a mis à la disposition de la Grèce 30 millions d’euros pour la prévention des feux et la sécurité des forêts. Mais cette somme n’a toujours pas été investie.
L’annonce d’élections anticipées a-t-elle contribué à aggraver cette tragédie ?
Tassos Kourakis. Cette décision a paralysé encore plus les autorités. Il faut savoir aussi que l’une des raisons avancées pour justifier la tenue des élections était la modification de la Constitution, dont l’article 24 qui précisément concerne la gestion des forêts. Cet article protégeait les zones forestières des appétits des promoteurs immobiliers en interdisant la construction sur toute zone boisée, y compris celles qui ont été ravagées par des incendies. Le gouvernement Caramanlis voulait modifier ce texte pour autoriser dans certains cas, sous couvert d’intérêt public, la construction de nouvelles habitations. Juste après l’incendie du mont Parnès, en juillet, une partie de la forêt calcinée avait ainsi été « exemptée de reboisement » pour permettre l’extension d’un… casino.
Entretien réalisé par Lefteris Savvidis
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